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Éperdument par emberthing

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L'amour interdit, encore ? Et oui, encore et heureusement.

Thème traité et sur traité dont on ne se lasse jamais.

Dans Éperdument, Pierre Godeau nous amène dans le huis clos d'une prison pour suivre l'histoire d'amour entre le directeur de celle-ci et une jeune fille incarcérée. Le réalisateur s'inspire de l'histoire entre Florent Gonçalves, ex-directeur de la prison de Versailles et la femme qui a servi d'appât pour le "gang des barbares", responsable de la mort d'Ilan Halimi ; il prend toutes les libertés qu'il souhaite pour en faire quelque chose d'unique. Dans le film, le crime n'est pas mentionné une seule fois, on ne sait pas pourquoi elle est là, on ne sait pas ce qu'elle a fait, on ne sait pas si elle le mérite et comme Jean (Guillaume Gallienne) on n'y prête pas vraiment attention. Il est dérangeant les 30 premières minutes de l'ignorer mais on oublie vite et on s'en fiche pas mal au final puisque le sujet du film est leur histoire. Le problème repose plutôt dans la promotion du film puisqu'on nous le vend comme cette histoire vraie alors que la réalisation repose seulement sur sa relation avec le directeur de la prison, ayant inspiré le film et non sur le fait divers. Alors pour ceux curieux de voir encore un film inspiré d'une histoire vraie, de faits réels... Eperdument n'est pas ce que vous cherchez, c'est un film d'amour pur et dur, inspiré de deux amants s'étant réellement aimés, seulement. Mais c'est déjà beaucoup. Le film dépasse la réalité et quand on a compris ça, on se prend au film, on se détache de ce qu'on a lu et on vit pleinement leur amour.

Pierre Godeau ne cherche pas à rester fidèle à cette histoire, il s'en inspire seulement et emprunte plutôt à la réalité l'esprit carcéral puisqu'il a effectué tout un travail de terrain en se rendant dans les prisons afin d'avoir l'idée la plus fidèle au réel de leur fonctionnement et de l'ambiance qui y règne. Et cette réalité... on la ressent bien. Eperdument est épatant de réalisme. On y croit, pas seulement parce que nous savons que c'est une histoire vraie mais parce que le soin des détails du réalisateur est impressionnant et entraînant. Mêlés aux silences et aux respirations des personnages, les bruits des serrures, des pas sont essentiels pour nous plonger le plus réellement possible dans l'atmosphère. Alors les libertés prises par le réalisateur peuvent être critiquées, tout dépend de ce que l'on attend du film. Mais au fil des scènes, tous les à côtés sont oubliés et vraiment plus nécessaires pour se prendre au jeu de l'amour dans lesquels les sublimes et talentueux Guillaume Gallienne et Adèle Exarchopoulos nous entraînent.

À vrai dire je ne sais pas vraiment décrire l'état dans lequel ce film m'a plongée ni les sentiments qu'il m'a évoqué mais il m'a assez perturbée. À la façon de Mon Roi, c'est cette attraction entre deux corps, deux âmes qui m'a laissée sans voix, ces silences qui n'avaient pas besoin de mots, ces regards qui parlaient pour les lèvres, ces deux êtres qui s'aiment, passionnément. Il ne s'agit pas d'un manipulateur ici, mais le rôle attribué à Guillaume Gallienne s'en rapproche par certains aspects. Ce pouvoir qu'il a puisque Jean est directeur de la prison dans laquelle Anna … est incarcérée ramène à penser qu'elle dépend de lui, qu'il peut en faire ce qu'il désire mais le film ne tourne pas ainsi. L'acteur est d'ailleurs remarquable et sexy comme jamais avec cette barbe et cette coupe de cheveux, son assurance et son élégance, sa virilité, pas vraiment habituelle sur nos écrans. Adèle Exarchopoulos, elle, comme toujours nous enivre par son naturel et sa simplicité. Le duo, surprenant par leurs différences, nous prend dans leur histoire et parvient à nous faire oublier tous les à côtés de ces baisers. Et qu'ils sont beaux, dans leurs paradoxes et leur complémentarité. Ils s'apportent chacun ce qu'ils n'ont pas et il ressort de ce film ce qu'ils ont réellement du éprouver sur le tournage puisque quand on les écoute parler, Adèle devait « bousculer » Gallienne par sa sauvagerie et lui, il lui apporte tout le sérieux et la sérénité dont elle a besoin. C'est l'histoire du film.

Toujours sensible à la poésie de l'amour surtout quand il est relié à la littérature, j'ai trouvé le parrallèle avec Phèdre, sublime. La scène où ils en récitent un passage après avoir fait l'amour dans la salle informatique est envoûtante, et j'entends encore leurs deux voix en réciter les vers. Tout repose dans des souffles, des silences, le calme de leur voix dans lequel on sent toute la tension et la passion qu'il y a entre eux, tout le besoin qu'ils ont l'un et l'autre d'être ensemble. Leur interprétation est indéniablement bonne et réussie et pour ceux qui critiquent encore Adèle Exarchopoulos pour sa nudité, alors je trouve que ces scènes appuient tellement l'idée de passion qu'elles ne sont pas dérangeantes comme pouvaient l'être celles de La vie d'Adèle qui n'apportaient pas grand chose au film dans leur longueur. Le huis clos carcéral est un grand défi, autant dans l'écriture du scénario, la réalisation que dans le jeu des acteurs. Sans possibilité de s'évader dans les paysages ou les longs plans de voyage pour le spectateur, ils doivent nous tenir en haleine. Et encore une fois, ils y arrivent. Ils nous font rêver par leurs paroles et leurs jeux, leurs mots, leurs gestes, leurs regards. Leur amour finalement. La caméra de Pierre Godeau saisit les détails pour nous bousculer et sublime le duo. Il ne fait pas tomber cette histoire dans le drame, on en ressort seulement avec une jolie leçon d'amour et c'est là tout l'impact psychologique de cette passion déchirante, dévorante, envoûtante évoquée par les silences et les musiques qui les accompagnent toujours bien.

Éperdument est un bel oxymore onirique.

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