Une île rejetée par les vagues de l'Histoire.

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Sauper a passé un certain temps à la Havane et dans sa banlieue, mais plutôt dans l'envers du décor. Le Cuba actuel, avec des vieilles rames qui datent de l'époque soviétique, des friches d'usines de sucre de l'époque de Batista, des restes de gloire castrisme, et des gens qui sont privés des biens de consommation mondialisés qu'ils voient sur internet. A cause de l'embargo de Trump. On voit les gymnases aux murs vérolés, les cuisines toutes petites, les appartements surpeuplés. La vie de la rue, les gens qui dansent pour oublier.

Sauper a suivi plusieurs personnes : une jeune femme qui n'a pas sa langue dans sa poche ; Oona, petite-fille naturelle de Charlie Chaplin ; un duo de fillettes qui rêvent de devenir actrices et danseuses et adorent le cinéma ; des groupes de touristes, des chauffeurs de taxi. Ce qui frappe, c'est la conscience politique des enfants, qui emploient facilement le mot "impérialisme" qu'on leur a appris à l'école, chante les chants révolutionnaires, même si le rêve cubain est assez décati. Il y a aussi ce moment où la jeune femme suggère qu'en Amérique il y a la liberté d'expression car il ne faut parler de Cuba qu'en bien, puis crie "pour rire" quand un passant lui fait une remarque "Ils vont me tuer !".

Sauper est assez doué pour faire des plans construits tout en filmant au vol. Une partie du film est un peu scénarisé en suivant les idées de Sauper : il introduit deux gamins cubains dans la piscine d'un hôtel de luxe en les faisant passer pour ses enfants ; pousse Oona à coacher la petite pour devenir actrice ; fait monter deux Cubains dans les Dodge des touristes. Il y a donc une part de mise en scène visant à montrer les contradictions d'une île communiste qui essaie de s'ouvrir au tourisme, tourisme perçu comme une insulte au mode de vie cubain.

Le film part parfois vers des rappels historiques, évoquant surtout Teddy Roosevelt et l'USS Maine, avec ce qu'en dit la propagande cubaine, notamment via des dessins animés. Cependant on ne le fait qu'en passant, le réalisateur préférant broder à partir de motifs qui reviennent comme la lune, les vagues qui se fracassent sur l'île, la carte de l'Amérique présente dans le hall d'un cinéma, les enseignes de l'ère Batista rappelant une ère internationale.

Cette vision de Cuba, pauvre sans romantisme, mais empreinte de dignité abîmée, est-elle conforme à la réalité ? Elle vise au moins à casser l'image glamour de l'île tropicale, ce qui est déjà pas mal. Et puis les petites sont mignonnes.

Epicentro est un documentaire à la fois terre-à-terre et travaillé, qui met en scène juste ce qu'il faut pour que ses acteurs montrent la réalité de l'île : une île fière que l'embargo américain continue de laisser à genoux.

Vu aux Montreurs d'images à Agen.

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