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Pour tout dire, je ne savais rien de ce film avant d’aller le voir, je craignais une histoire un peu gnangnan pour bambin à peine sorti du babillage. Bref, j’y allais surtout pour accompagner la petite. D’autant plus que les albums de Gabrielle Vincent que j’avais pu parcourir ça et là ne m’avaient pas impressionné outre mesure et m’avaient même plutôt laissé dans la bouche un goût d’ennui.

Quelle ne fut pas ma surprise de voir ici de la parodie, des personnages marginaux et touchants, un trait simple mais voluptueux, un scenario simple mais pas simpliste et même intéressant pour les spectateurs hauts de plus de trois pommes.

Le dessin est très particulier, mais vraiment agréable, avec un trait fin et raffiné qui donne l’impression de n’être qu’une esquisse, à l’aquarelle avec des couleurs pastel un peu désuètes mais qui collent très bien avec l’atmosphère du film. Les décors, notamment le monde souterrain des souris, sont littéralement somptueux, oniriques. Un enchantement.

Le travail sur le son et les bruitages est excellent, de même que les voix des personnages très joliment « incarnés » par Pauline Brunner et Lambert Wilson. La voix de Célestine est même un peu trop parfaite, on sent un peu trop l’adulte dans la voix de l’enfant, il en émane peut-être un peu trop d’intelligence, quelque chose qui n’est pas complètement enfantin. Mais c’est un détail, c’est quand même très bien, et je dois dire aussi que Lambert Wilson m’a épaté, je n’aurais pas parié un kopeck sur lui s’il avait fallu deviner qui faisait la voix de l’ours bourru !

Le scenario écrit par Daniel Pennac est aussi très chouette et malicieux, adapté tant aux enfants qu’à des adultes qui pourront voir le film avec intérêt. Si j’ai bien compris, il s’agit en quelque sorte ici d’une préquelle aux aventures des deux personnages, en gros d’une création en lien avec l’univers de l’auteur belge de livres pour enfants Gabrielle Vincent, et pas une adaptation.

C’est l’histoire de deux personnages un peu marginaux : une petite souris, qui dessine et ne veut pas devenir dentiste comme toutes ses congénères ; un ours mal léché vivant seul en marge de la société, dont les parents auraient bien fait un juge mais qui préfère nettement la musique, faire le clown et vivre de chapardages ! L’histoire de deux personnages isolés dans deux sociétés séparées qui se détestent : les ours qui vivent à la surface et les souris dans leur monde souterrain. Deux sociétés haineuses à l’égard de l’étranger ou de ceux qui oseraient tendre la main ou ne pas voir l’autre comme le mal absolu. Evidemment, et il faut le dire, c’est un peu facile, Ernest et Célestine vont se rencontrer, dépasser la peur qui leur a été inculquée, nouer une amitié jusqu’à être pourchassés par leurs maréchaussées respectives, pour avoir commis l’irréparable. Une histoire simple d’amitié, mais il est appréciable que les deux héros ne soient pas parfaits. Ernest est au début bourré de préjugés, prêt à abandonner une gamine dans la neige, pour préserver sa tranquillité. Son tempérament bougon et flemmard s’oppose à celui de Célestine, dynamique, débrouillarde, au caractère bien trempé mais ouverte aux autres.

Le scenario est parfois sombre, car la réalité est dure, et Pennac veut la montrer aux enfants : le film peut faire peur, que ce soit lorsque la grand-mère souris raconte aux enfants l’histoire du grand méchant ours ou quand les forces de l’ordre tentent d’attraper Ernest. C’est un film sur la peur, celle des autres, qu’on ne connaît pas, et du coup, on a là un éloge de l’amitié, de l’ouverture à la différence, du dépassement des préjugés imposés par la société.

Intéressant aussi, le film propose une morale un peu déviante, anarchisante si j’ose dire, et ce n’est pas péjoratif dans ma bouche. L’Etat, la police, la justice et la société en général en prennent pour leur grade ! Le personnage d’Ernest est à lui seul une ode à la flemmardise, au chapardage et à la vie de bohême ! Je ne peux ne pas penser à Brassens, par exemple à La Mauvaise réputation, quand il assume d’aider un simple voleur de pommes, quitte à être mal vu par les « braves gens ». Ou encore à la chanson Hécatombe, où Tonton Georges se gausse du malheur des « flics », de même que Pennac s’applique à les ridiculiser quand il peut, même s’il montre aussi plus sérieusement le côté un peu inhumain du système lorsqu’Ernest a une amende après avoir joué de la musique pour mendier quelques pièces ou un bout de pain pour manger…

Le film brocarde aussi une forme de bourgeoisie et de façon plus précise les ambitieux, notamment une famille ours dont le père vend des sucreries aux enfants du quartier (sauf au sien), en sachant pertinemment que cela aidera le commerce de sa femme qui elle vend des dents à tous ceux qui ont les dents gâtées d’avoir justement mangé trop de sucreries !

Bref, un chouette moment du cinéma, complet, un conte tendre et drôle, avec une belle histoire, des dialogues bien écrits, du son, une chouette musique et de belles images. Non, vraiment, n’attendez pas la sortie en dvd, courez voir en salle ce film en 2D avant qu’il ne soit trop tard, ce film est une belle réussite !

Morale de l’histoire (en ce qui me concerne) : la montagne n’accouche pas toujours d’une souris, et il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué !
socrate
9
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