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Avis sur Evangelion 3.0 : You Can (Not) Redo

Avatar Ninesisters
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Si je suis légèrement moins emballé que pour les deux premiers opus, je trouve quand même qu’il s’agit pour l’instant du meilleur de la saga. Paradoxe ? Incohérence ? Disons que mon impression est à l’image de ce long-métrage. Mais si vous voulez du paradoxe, en voilà un autre : celui qui aimé ce film n’est pas le fan de Neon Genesis Evangelion qui sommeille en moi. Alors qui ? Réponse ci-dessous.

Je vais faire simple :
¤ Première partie : Une grosse scène d’action. Sorte d’orgie visuelle et de délire d’animateurs, elle m’a rappelé la première apparition d’Asuka dans Rebuild of Evangelion 2.22 – You can [not] advance. Très impressionnante, grisante, elle met la barre extrêmement haut en terme de qualité et de plaisir. Cela dure environ 7 minutes, soit autant de pirouettes vertigineuses et de grand spectacle. Le genre à voir sur grand écran.

¤ Seconde partie : Place à une séquence plus calme, du moins pour commencer, mais qui pose aussi énormément de questions. D’entrée, j’ai été assailli par les designs et l’ambiance, qui m’ont rappelé un autre anime réalisé par Hideaki Anno (à l’exception de quelques épisodes) : Fushigi no Umi no Nadia, alias Nadia et le Secret de l’Eau Bleue. Il s’agit d’une série que j’adore ; découverte alors que j’étais en primaire, elle fait encore aujourd’hui partie de mes favorites. Néanmoins, je crois tout d’abord à une hallucination de ma part, tant une telle référence me parait improbable (notamment en raison d’une brouille avec la chaine NHK concernant cet anime et la gestion de ses droits). Finalement, cette filiation est consacrée de la plus belle des manières, au moyen d’une reprise magnifique d’un des thèmes de Fushigi no Umi no Nadia. Et là, c’est l’extase. J’en suis allé de ma petite larme. En fait, une musique avait déjà été reprise précédemment, mais j’étais tellement pris dans l’action que je ne l’ai même pas remarqué, alors que je la trouve magnifique.

Entendons-nous bien : cette partie est bonne même sans rien savoir de cet anime. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. Mais en tant que fan de Fushigi no Umi no Nadia – et c’est bien celui-là qui a le plus apprécié ce long-métrage, et non le passionné de Neon Genesis Evangelion – elle a revêtu un sens très particulier pour moi.
En soi, elle est bâtie comme une découverte d’un nouvel univers par le héros, et à travers lui par le spectateur. Celui-ci est amené à se poser énormément de questions, qui ne trouveront que des réponses au mieux partielles. Il s’en dégage donc un sentiment à la fois d’incompréhension et d’oppression du meilleur effet, ponctué par des designs inédits et quelques scènes visuellement impressionnantes. Je peux difficilement en dire plus, mais cette somme de questions et cet environnement différent font tout le piment et tout le charme de cette partie, ainsi qu’une action moins pompeuse qu’au début mais toujours spectaculaire.
Nous en sommes à 30 minutes de film, et je considère alors Rebuild of Evangelion 3.0 – You can [not] redo comme le meilleur opus de la saga Rebuild à ce jour.

¤ Troisième partie : Plus dure sera la chute ? C’est une question légitime. Rebuild of Evangelion 1.11 – You are [not] alone reprend une large partie du storyboard d’origine, mais cela lui permet finalement de bien signaler aux spectateurs connaissant déjà la série les quelques détails qui ont changé depuis, outre la qualité technique. Cela lui permet aussi de nous faire progressivement glisser vers le Rebuild of Evangelion 2.22 – You can [not] advance, qui bien qu’il reprenne les grandes lignes de l’univers commence à manipuler les contours, en apportant de l’inédit et en détournant les scènes cultes. Tout cela pour en arriver à un Rebuild of Evangelion 3.0 – You can [not] redo différent de tout ce que nous pouvions connaitre, donc parfaitement inattendu. Un changement radical en lui-même prévisible compte-tenu de la construction de cette saga. Vous me suivez ?
Le but de Hideaki Anno est de perdre le spectateur. Il n’y arrive que trop bien.

Néanmoins, pour se faire, il triche un peu. Il reprend un concept narratif bien connu – utiliser un personnage candide, comme miroir du spectateur, afin d’apporter légitimement des explications déjà connues des autres protagonistes – mais ne va justement pas apporter lesdites explications. Là où c’est de la « triche », c’est que le réalisateur aurait eu 1000 fois le temps de donner quelques informations à Shinji, ou du moins de répondre à des questions que celui-ci aurait eu 1000 fois le temps de poser. Il n’en est rien. Shinji est dans le flou, mais cela ne le dérange pas. Ses proches évoquent des événements importants dont il ne connait rien, mais il ne demande aucun détail. Que le héros de Neon Genesis Evangelion soit un peu nouille, passe encore ; mais que personne ne pense à le mettre au courant de la situation, c’est difficile à assimiler…

Mais revenons-en à notre 3ème partie. Là, nous sommes bon pour une heure d’interrogations, de contemplations, et de relations plus ou moins ambiguës avec un nouvel intervenant, apparu brièvement dans les précédents opus. Le tout saupoudré, sur la fin, d’un flot d’informations et de termes abscons, dont le but semble une nouvelle fois de noyer le spectateur plus que de faire avancer l’histoire. C’est tout ?
Ben… A peu près, oui… Il s’agit donc d’un passage des plus déstabilisants. Et lent. A la fin, nous ne sommes pas tellement plus avancé qu’au début, même si objectivement, il s’est effectivement passé des choses.
A priori, et là je parle au conditionnel, ce sera au dernier volet de la saga qu’il incombera de nous éclairer sur cette partie, et de nous permettre de décider si elle a quelque chose à raconter, ou si c’est juste du foutage de gueule dans les règles. En attendant, je réserve mon jugement.

Rien que pour ses deux premières parties, Rebuild of Evangelion 3.0 – You can [not] redo s’avère largement à la hauteur de la légende. Époustouflant, vibrant, les superlatifs manqueraient si je décidais de décrire tout le bien que je pense de la première demi-heure de ce long-métrage. Et rien que pour cela, j’accepte sans broncher une suite qui en a laissé plus d’un sceptique. Evidemment, j’aurais préféré que tout le film soit de ce calibre, mais j’ose espérer que Hideaki Anno sait où il va. J’attends de voir. Mais déception ou pas, rien que l’existence d’un tel morceau d’animation suffit à légitimer tout ce projet depuis le départ.
Rien que ça.

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