Les sous-doués passent l’Everest

Avis sur Everest

Avatar Alyson Jensen
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Everest, le dernier film de Baltasar Kormakur, nous propose une adaptation du récit de John Krakaueur, Tragédie à l’Everest. Basé sur la catastrophique expédition de 1996 qui coûta la vie à 8 personnes, le film choisit l’angle dramatique pour relater ce désastre du tourisme en haute altitude.

Pour sa première ascension avec une cordée d’acteurs internationaux, Kormakur utilise de la grosse ficelle pour atteindre le sommet. L’histoire se concentre avant tout sur les personnages, laissant de côté l’aspect technique ou documentaire. Le film transpire le méloxygène. La petite troupe de touristes d’alpage nous est présentée à grand renfort d’accroches dramatiques : Rob le guide a une femme amoureuse et enceinte, Beck a une femme trop belle et des enfants aux cheveux propres, John le simplet grimpe pour des enfants et Jon pour son Pulitzer. Pour atteindre le camp de base scénaristique, Kormakur nous propose un niveau de compréhension qui ne nécessite aucune acclimatation. Les reliefs narratifs sont plats, les personnages trop lisses, sans aspérité sur laquelle assurer une prise.

Si la première partie du film, qui se focalise sur les liens qui unissent l’équipe, permet de supporter l’ascension jusqu’à l’heure de visionnage sans craindre de dévisser, la suite propose un dénivelé trop négatif qui épuisera même le plus indulgent des randonneurs de longs métrages. En effet, dès que la tempête balaie les illusions ou l’inconscience de chacun des alpinistes, Kormakur plonge également tête baissée dans le brouillard. Si certains personnages ont la bonne idée de mourir rapidement et hors champ, il n’en est rien pour le chef d’expédition Rob Hall qui n’en finit pas trépasser. Kormakur dépasse son sommet dramatique pour faire disparaître son héros dans la neige et dans l’indifférence. Keira Knightley et son ventre en silicone n’y changera rien.

L’autre crevasse qui engloutit définitivement la patience du spectateur, c’est le manque de repère. Kormakur oublie de sécuriser sa voie avec des repaires narratifs. Les frontières temporelles et d’espace sont floues et participent à l’abrasion de la cohérence. On ne réalise la dimension extraordinaire et le gigantisme de l’opération qu’à de rares moments. Le sort de ces hommes et femmes ne nous atteint guère car ils sont hors du temps et de l’espace. L’absence de ces repaires ensevelit le film sous une lourde avalanche de pathos qui refroidit les cœurs, même les plus chaleureux.

On finit donc cette triste ascension dépité, interdit devant cette bêtise humaine toujours conquérante et orgueilleuse, voulant plier à sa volonté même les sommets les plus fiers. On s’interroge sur les décisions catastrophiques de ces incompétents. Ou est la noblesse ? Ou est l’exploit ? Ou sont le rêve et la raison ? Autant de questions auxquelles Kormakur oublie de répondre. Trop soucieux de la fonte des larmes de ses spectateurs, le réalisateur fait l’amalgame entre l’ascension lacrymale et l’émotion verticale.

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