Alerte à Katmandou

Avis sur Everest

Avatar Romain Massa
Critique publiée par le

Les femmes m'ont souvent conduit à aller voir des horreurs au cinéma. Everest s'ajoute donc à la liste. Hormis ces quelques malheureux rendez-vous, je ne vais quasiment plus au cinéma et je comprends pourquoi. Cette séance m'a mis dans un état de nerf assez fou. Je suis d'ailleurs très très étonné de voir la note qu'obtient le film ici...

Bref, on va évacuer tout de suite un truc c'est le prétexte de "l'histoire vraie", je commence singulièrement à en avoir assez de voir ce genre de films "inspirés d'une histoire vraie" fleurir. On a l'impression que ça justifie tout... Y compris les scénarios les plus caduques. Histoire vraie ou pas, un film minable reste minable. Attaquons-nous au gros du morceau, l'Everest c'est fascinant, un groupe de personnes qui grimpent l'Everest c'est passionnant. Si tu un réalisateur talentueux et que tu as les moyens, ces deux éléments suffisent à faire un truc intéressant. Mais là non, on nous sort (histoire vraie ou pas encore une fois) une histoire mielleuse avec des personnages qui à l'instar des 7 nains ont tous une caractéristique précise qu'ils ne lâcheront jamais. Le facteur 'et donc nécessairement débile) qui grimpe l'Everest pour des enfants, la Japonaise qui est déterminée, un autre type qui est en froid avec sa femme, l'autre qui est fêtard ou encore un dont la femme est enceinte. On comprend direct qu'on va déporter l'ascension humaine vers des cieux conventionnels. On va retrouver toutes les problématiques des films bidons histoire d'accrocher le spectateur. Au lieu de voir des hommes gravir fièrement le toit du monde, on assiste à un Melrose Place de la montagne. Le réalisateur nous fout quand même deux trois scènes bouddhistes pour nous rappeler qu'on est vaguement au Népal et pas à Los Angeles.

Les dialogues ? Nul à en crever. Depuis que je regarde, ce que je considère être du grand cinéma, la place des dialogues est mineur. Certains vont trouver ça chiant mais dans ce film comme dans mille autres, ils n'apportent rien et sont d'un conventionnel navrant. Je prends des extraits pêle-mêle, les mecs sont pris dans une tempête au sommet de l'Everest entre la vie et la mort, la première réaction de la femme au camp de base "Mais qu'en penseras le journaliste ?" Oui parce qu'il y a un journaliste qui doit avoir deux répliques en tout. Autre chose et encore plus navrante, la scène de dispute digne de "La croisière s'amuse", entre les sud-africains et le reste pour se mettre d'accord sur une date d'ascension. Au bout de trois vifs échanges le sud-africain claque la porte comme une bonne vieille ménagère à moitié en pleurant (car il faut des conflits idiots pour faire un bon film, celui-ci sera d'ailleurs le principal). Ce genre de situation n'arrive pas dans la vie... Mais pas du tout. Les hommes discutent ou s'insultent mais ne se comportent pas comme dans "Les feux de l'amour". D'une manière générale la place des femmes est trop importante. L'ascension de l'Everest c'est une épreuve de force, la force la plus masculine c'est la Japonaise, tous les autres sont des femmes ou hautement féminisés. Les femmes représentent le pouvoir décisionnaire, le médecin est une femme, au camp de base, c'est une femme, le guide n'existe qu'à travers sa femme qui va accoucher, et l'autre dont l'ensemble de son comportement est guidée par les mouvements d'humeur de sa femme. C'est d'ailleurs elle qui la sauvera par deux fois, une première en le ramenant à la vie (alors que le mec est sous la neige depuis des heures, oui il faut un miraculé !) via des visions et une deuxième en le faisant rapatrier dans une zone où aucun autre hélicoptère était venu se poser, mais elle dispose de l'argument ultime "Et si CNN l'apprend ?".

Le dernier point de cette critique c'est la sensiblerie bidon de ce film, la fin avec la communication talkie-walkie / téléphone entre un mec entrain de crever et sa femme enceinte est d'une niaiserie hors du commun. L'expression "Je t'aime" est employée 927 fois. Ça couine, ça pleurniche... Bref, c'est con. Mention pour les diapos à la fin sous fond de musique chialante qui couronnent un bien triste spectacle. J'aurais encore 1000 choses à dire mais c'est déjà trop long. Ce film est symptomatique de la façon unique avec laquelle on arrive à vendre les films aujourd'hui. On fout des éléments mélo-dramatiques dans un lieu quelconque et on raconte la même chose, sans une once d'humanité. Parce que ce film n'a rien à voir avec la vie et les relations humaines. Elles n'existent pas, les dialogues humains et véritables inhérents à ce genre d'aventures n'ont aucune place. Tout n'est qu'un cliché immense, une vaste blague sans originalité et sans vérité. D'ailleurs on peut noter le colossal casting qui montre bien que le réalisateur n'était pas là pour montrer une aventure humaine mais pour faire rentrer de la thune avec des techniques vues et revues.

J'aurais préféré une histoire vraie avec des mecs qui grimpent l'Everest fièrement sans crever que cette bande de névrosés pleurnicheurs.

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 369 fois
0 apprécie · 1 n'apprécie pas

Autres actions de Romain Massa Everest