Et Asimov, il compte pour des prunes ?

Avis sur Ex Machina

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Le film est bien anglais, mais ce qu'il dégage est très américain, version Silicon Valley. Le somptueux décor naturel du film a été tourné en Norvège, mais il pourrait tout aussi bien se trouver dans les Rocheuses. Et surtout la société Bluebook dont Nathan (Oscar Isaac, vu dans A Most Violent Year) est le PDG et Kaleb (Domhnall Gleeson, connu pour son rôle de Bill Weasley dans le dernier Harry Potter) est le programmeur, c'est le moteur de recherche le plus populaire du monde, contrôlant 94% du marché... ça ne vous rappelle pas quelque chose ? Oui, l'histoire d'Ex Machina, c'est Alex Garland, le scénariste de Danny Boyle (La Plage, 28 jours plus tard...) qui s'imagine comment les jeunes loups de Google vont développer et tester l'intelligence artificielle, la fameuse IA.

Filmé en caméra numérique 4K, Ex Machina est un huis clos superbe, en même temps très dépouillé et très moderne. La demeure de Nathan au milieu des bois est un modèle de retour à la nature post-hippie tout en étant dans la technologie la plus avancée et la moins tapageuse possible. Nathan est lui-même un PDG tout ce qu'il y a de plus cool, qui fait mine d'abolir la hiérarchie dès les premiers instants avec son employé. Il le traite de « dude », comme chez Lebowski. Alex Garland s'évertue à montrer un PDG qui a intégré toute la culture populaire geek moderne, mais qui reste férocement capitaliste. Le néolibéralisme anti-étatique qu'on appelle aux States le « libertarianisme », « l'anarcho-capitalisme » ou « l'objectivisme » en bon disciple d'Ayn Rand. Nathan est sûr de lui, sa morale ne souffre d'aucun questionnement apparent. Pourquoi as-tu créé une IA ? lui-demande Kaleb. La question n'était pas de savoir pourquoi l'humanité crée une IA, mais quand elle va la créer, lui répond Nathan de façon lapidaire. Lui, il en avait les moyens, c'est tout.

C'est là la force du film : dans sa représentation de cette génération de jeunes geeks riches et décomplexés, qui de Facebook à Google, se croient déjà des dieux. Alex Garland le réussi mieux que David Fincher dans The Social Network.

Par contre, dans son propos principal, Ex Machina ne vous montrera rien d'autres que vous n'ayez déjà vu dans la flopée de films sur l'IA déjà sortis, de S1mone à Her. A chaque fois, il s'agit d'un homme seul qui se trouve une muse numérique. D'ailleurs, le film l'explicite expressément : Ava, l'IA du film (jouée par la belle suédoise Alicia Vikander), a un physique basé sur les stars porno que Kaleb affectionne.

Donc oui le film est bon, le suspense est dense, les personnages sont fignolés, mais ça ne fera pas avancer le schmilblick d'un iota dans le questionnement sur l'intelligence artificielle. Tout est très prévisible. Et Oh ! Sacrilège ! Ils n'ont pas respecté les lois de la robotique d'Asimov !

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