Deus Ex Machina

Avis sur Ex Machina

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Caleb est un jeune programmeur pour l'immense société Bluebook, premier moteur de recherche au monde sur le web. En tant que lauréat d'un concours, il gagne le droit de rencontrer son cher patron, reclus dans une baraque coincée en pleine forêt. Nathan va lui proposer de tester une intelligence artificielle qu'il a développé, un projet top secret synonyme d'avancée majeure dans l'histoire humaine.

Longtemps scénariste pour Dany Boyle et certains de ses films plus ou moins SF (21 jours plus tard, Sunshine), Alex Garland se lance dans le grand bain à la réalisation d'Ex Machina. L'intelligence artificielle est un sujet archivisité au cinéma mais Garland apporte une vision plus posée où la réflexion et le thriller remplacent les explosions et l'action survoltée. Face au grand mystère que représentent les réseaux sociaux et l'utilisation du big data sur le web, le réalisateur joue sur les fantasmes plus ou moins avérés de la toute puissance du GAFAM (les monstres Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft).

A l'heure où des milliards de données transitent sur les plateformes du web, le caméléon Oscar Isaac représente un de ces patrons ayant réussi, à l'image des Steve Jobs et Mark Zuckerberg. Cool en apparence, le bonhomme semble dépassé par un égo démesuré, à l'échelle de ses créations robotiques toutes aussi fascinantes que l'empire binaire qu'il a construit. On touche alors une hypothèse intéressante quant au futur de l'usage des données enregistrées sur la toile pour le pire mais aussi le meilleur.

Sur la forme, Ex Machina est une franche réussite. Le thriller psychologique s'engouffre dans cette fameuse expérience de Turing où le jeune Caleb tente de définir l'état de conscience du robot Ava. Au fin fond de la forêt humide, dans un bunker moderne à l'architecture épurée, personne ne vous entendra crier. Le fait que la firme Bluebook ne soit représentée que par un seul homme accroît la sensation d'intimité et surtout notre empathie pour Caleb dont les choix et les pensées sont toujours proches de ceux du spectateur. L'aspect très cinématographique est aussi appuyé par ces femmes robots au charme dérangeant puisque l'absence de frontière entre réel et virtuel est la pierre angulaire du film.

Il est par contre regrettable de ne pas être allé encore plus loin dans le message, que le brouillage des pistes ne nous transportent pas encore plus haut. Les sessions avec Ava, des discussions toujours rondement menées, gagnent en intensité et en étrangeté mais une fois qu'on se met à parler d'amour et de sentiment, la narration stagne et ne se concentre que là dessus. Certes cela fait son effet, une gène s'empare aussi bien de nous que de Caleb, mais la grande question métaphysique qui se faisait doucement attendre n'arrivera jamais. En lieu et place, on se perd dans une mélancolie parfois lancinante qui, heureusement, est légitime pour le bon déroulement de l'histoire.

Il n'est pas évident d'aborder un sujet devenu récurrent dans le cinéma de SF des années 2010. Emparée habituellement par des blockbusters plus ou moins grossiers, l'intelligence artificielle de Ex Machine possède une maturité prolongeant le débat au delà du générique final. La direction artistique moderne et épurée donne à chaque décor une atmosphère particulière en accentuant aussi bien la claustrophobie ambiante que le calme réjouissant de la forêt. Jeu de yoyo pour nos pensées et nos représentations, Garand réussit à nous bousculer sans pour autant nous transcender à cause de ficelles parfois trop visibles. Il serait cependant dommage de passer à côté de par l'esthétique 5 étoiles, de la photo et la nouvelle performance originale d'Oscar Isaac en hipster impossible à cerner. La grande question est maintenant de savoir laquelle des créatures est la plus habile : la femme ou le robot ?

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