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Excision par Wykydtron IV

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Critique publiée par le (modifiée le )

On m'avait passé le trailer pour un film très étrange dans lequel apparaissait John Waters. J'avais fortement envie de le voir, et pourtant j'en ai oublié le titre. Après être arrivé à Cannes, je n'avais pas fait le lien, lors de mon premier périple au Marché du film cette année, entre le trailer que j'avais vu et cette affiche pour un film que je croyais découvrir, nommé Excision, que j'avais fortement envie de voir parce qu'il y avait le nom de John Waters sur l'affiche (avec Traci Lords et Michael McDowell) au-dessus d'une image d'une femme en robe d'antan couverte de sang.
Quel hasard, quand même. Ce n'est que la veille au soir que ça m'a frappé, "et si c'était le même film ?", m'étais-je imaginé sans trop de conviction, en regardant l'invitation que j'avais pu soutirer au distributeur. Invitation qui ne m'a pas servi, croyant qu'elle était pour le 18 et non le 17. J'ai pu avoir une autre invitation, dieu soit loué, mais j'ai quand même raté le début du film car c'était complet.
J'ai commencé à le voir assis par terre, sur le côté (faudrait inventer un truc du genre "side-o-vision"...). Heureusement que le film en a dégoûté certains, et que des places assises se sont libérées.

Je dirais de ce film que c'est un teen-movie à la Juno version trash, avec comme personnage principal une Wednesday Addams encore plus dérangée (l'esprit goth en moins).
Le trailer était plein d'images au sens plus que mystérieux, et l'envie de voir le film provenait plus de la puissance visuelle dégagée que d'une compréhension de l'intrigue.
Ces visions dignes d'un Kaboom hardcore sont les fantasmes issus de l'esprit malade de l'héroïne, sûrement des concrétisations des horreurs qui sont passées dans la tête du réalisateur, mais qui ont pour point commun qu'ils traitent des problèmes et inquiétudes des adolescents comme jamais, à travers une imagerie de film d'horreur à prétention artistique.
L'héroïne, c'est Pauline, personnage d'outcast weirdo au physique bien peu avantageux. L'actrice a ce sourire et ce regard de sicko, et au lieu d'atténuer ses défauts comme on le fait habituellement au cinéma, le maquillage sert au contraire à rajouter des imperfections. Les cheveux ébouriffés, le dos courbé, de l'herpès sur les lèvres, le personnage garde quand même un certain charme qui justifie assez qu'elle puisse perdre sa virginité au cours du film, en partant du principe que le garçon voulait juste quelqu'un à enfiler. En tout cas la protagoniste est très bien castée et travaillée.

Le personnage est si incorrect que tous les amateurs de subversif ne peuvent que l'apprécier, surtout que ma comparaison avec Juno vient des répliques cinglantes que Pauline envoie en plein dans la gueule de ses adversaires.
Les autres personnages face à Pauline sont pour certains comiques en eux-même, parfois juste par le décalage entre l'interprète et le rôle : John Waters en psychologue, et Traci Lords en mère catholique.
Pour en revenir aux Addams, ce qui était génial dans les films de Barry Sonnenfeld, c'était de voir la famille projetée dans un environnement qui n'est pas le leur, pour rire de la confrontation entre leur monde et celui "normal". C'est le même type de plaisir que l'on tire en voyant Pauline mise en situation par ses parents qui l'obligent à se rendre à un lieu de rencontre pour jeunes, ou, forcément, à l'école ; lieux où elle ne veut pas du tout être, évidemment, et où elle s'efforce de tout saboter.
Il y a aussi régulièrement des échanges assez savoureux entre Pauline et dieu. "Kill my mom (...) you can blame it on the devil".
C'est toujours très drôle, mais le problème est que le film ne ressemble qu'à un assemblement de sketchs, et il n'y a aucune évolution. Les situations varient, mais Pauline ne change pas, et dans le fond il n'y a pas d'avancée dans l'intrigue.
J'ai cru à un chamboulement lorsque l'héroïne entend sa mère dire à son mari qu'elle ne peut aimer sa fille, ça aurait été efficace comme tournant d'ailleurs car j'ai trouvé ce moment sincèrement triste. Mais non, après ça, les choses ne changent pas, et ça repart en restant comme c'était avant.

La stagnation du film donne d'autant plus l'impression que la fin, avec un bouleversement terrible, sort de nulle part. On a du trash pour du trash, avec la structure du reste du film, dénuée de progression, je me dit que le réalisateur ne savait juste pas comment conclure.
Il n'y a rien qui puisse amener de façon logique cette fin, et pour moi même le fait que la mise en scène fasse confondre les rêveries de Pauline avec son acte à la fin n'explique rien.
En tout cas, effet garanti, tout d'un coup j'avais plus envie de rire (et je dis pas ça en mal).
Un "Oh my god !" typiquement américain issu du public a été nécessaire pour que je réagisse, jusque là juste estomaqué. Oui, le public était bien réactif d'ailleurs, ça faisait plaisir.
C'était la dernière projection de Excision, donc faudra que j'attende une sortie DVD pour voir les 15 premières minutes que j'ai ratées (je suis sûr que le film démarre avec une idée forte, c'est bien le genre), et puis j'ai envie de revoir le film en entier aussi, pour me faire une seconde opinion.
Et à mon avis, il va falloir suivre la carrière du réalisateur, il a du potentiel.

(Cannes #7)

EDIT :
Quelques notes rapides après revisionnage à L'étrange festival :
-Il y a au début des éléments que je n'avais pas vu (d'autres dans la portion du film que j'avais vue, sans les avoir pris en compte) qui amènent à la conclusion. La fin du film reste quand même trop à part, elle a du mal à s'intégrer au reste.
-Je n'y crois toujours pas à cette fin, mais les acteurs y croient ; me suis aperçu comme leur jeu est fabuleux, déchirant.

-J'ai remarqué qu'il y a beaucoup de plans frontaux sur les personnages, qui les isolent des autres.
Ca me donne l'impression de portraits trop parfaits, trop symétriques pour être vrais ; une image trop clean d'une famille US typique que le réal vient démolir. Une image factice, derrière laquelle se cachent des choses moches. C'est comme lorsque certains des personnages au cours du film s'adressent ces sourires hypocrites et exagérés. Acteurs très bien dirigés par le réal, là aussi : ils sont dans l'exagération, mais pas trop, de sorte à éviter la lourdeur.
-Direction superbe de l'actrice principale, enlaidie non seulement par le maquillage, mais aussi par certains gestes, certaines façons de se comporter, qui la métamorphosent un peu plus en une fille à part. Un des détails auxquels on a pensé, c'est de faire que Pauline se retienne de montrer ses dents quand elle sourit, provoquant ainsi une moue bizarre. C'est très efficace.

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