Art-naque !

Avis sur Faites le mur

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Un jour, un grand artiste dit : « Si vous voulez tout savoir sur Andy Warhol, contentez-vous de regarder à la surface de mes peintures et de mes films et de ma personne, c’est là que je suis. Il n’y a rien derrière ».

Le lendemain, ce sont tous les artistes qui répondirent en coeur : « seule compte la surface, au diable la profondeur ».

Ai-je fais une utilisation abusive du mot artiste ? Doit-on ranger tous les artistes dans le même sac ? Qui est artiste ? Qu'est l'art ?

"Faites le mur" vient, lui aussi, apporter son lot de questions, sans toutefois y apporter d'inédites réponses, simplement car il n'y a pas de réponses bien définies. Ainsi Mr Brainwash (alias MBW - Thierry Guetta -), le protagoniste du film, est-il un personnage de fiction ? Est-ce que Banksy se fout de nous ? Banksy est-il un génie machiavélique ?

L'important, finalement, n'est pas tant d'apporter des réponses à toutes ces questions mais bien de trouver de nouvelles questions plus appropriées qui nous permettraient éventuellement d'avancer :
Est-ce ou non de l'art ? Je ne sais pas, mais, au fond, qu'est-ce que l'art, qu'est-il devenu à "l'époque de sa reproductibilité technique" ? Quelle a été l'influence de la production industrielle "d'oeuvre d'art" sur l'art lui-même ? Voilà deux questions qui amènent la réflexion bien plus loin.
Et si la mascarade n'était pas tant MBW artiste mais nous, public, incapables de saisir ce qu'est l'art aujourd'hui ? Incapables de saisir l'essence même de notre époque ?

MBW est-il un génie ? un mec chanceux ? ou un imposteur, acteur-né ? Aucun de ces trois-là. MBW est ce que l'on peut appeler un malin en affaires, une personne qui a le sens inné pour se faire de l'argent. D'une friperie il arrive à faire un commerce juteux, de tableaux banals, sans originalité, sans âme et sans aura, il arrive à en faire de l'or en barre. L'art ici n'est pas dans la reproduction d'une belle chose, ou dans la belle reproduction d'une chose, mais bien dans la capacité à faire passer au public, nous, des vessies pour des lanternes. On peut dire qu'en ce domaine là MBW est un maître.
Cet homme, qui est une caricature en lui-même, n'est qu'à l'image de son art, de l'art : l'art contemporain n'est que la caricature de ce que fut l'art et de ce qu'il ne sera plus jamais.

Chercher à savoir si ce Thierry Guetta est une imposture revient se demander si l'art contemporain est bel et bien une imposture. Mais l'on ne peut savoir si l'art contemporain est une imposture : nous n'avons plus que lui. Reconnaître la supercherie de cet art revient à reconnaître la supercherie de notre époque. Et en ce sens l'art n'est que la manifestation de l'époque qui le porte, à non-époque répond un non-art.
De la même façon le Street Art, lui aussi un non-art, ne fait que représenter une des crises de l'art : il exprime la plainte de l'homme face à l'univers de laideur de la Grande Ville. Un cri aussi désespéré que vain pour se réapproprier cet espace bétonné, sans vie et sans âme. Cet homme qui a besoin d'art, besoin de sens, essaie d'en donner, de s'en donner, mais l'habitude de la laideur, laquelle est encore pire que la laideur, le condamne à errer et à créer chichement.

L'art est-il mort ou est-ce simplement l'Homme qui est mort ?

A un âge où "est art ce qui s'impose et ce qui s'expose", n'est-il pas étonnant que le spectacle, l'essence même de notre société, soit devenu un chef d'oeuvre. Notre société, elle-même, correspond au parachèvement du spectacle : un véritable oeuvre d'art en elle-même, du moins d'après les critères contemporains du jugement...

Voilà pourquoi il ne faut pas juger trop hâtivement l'art contemporain. Celui-ci est bien art et n'est que le pur reflet de notre société, de notre époque. Qu'il mette un masque, une cagoule ou qu'il se gante, il est l'émanation de toute la médiocrité et la tristesse de notre temps. De fait, l'on ne s'étonnera pas de la récente percée de l'art numérique : de l'hybridation art contemporain + nouvelles technologies jusqu'à la reconnaissance du numérique au rang d'art.

Ne cherchons plus à savoir si "c'est de l'art" mais demandons-nous ce que n'est plus l'art.

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