Avis sur

Family Portraits

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Je crois que j'avais déjà parcouru la chronique de devildead sur ce film, sans trop m'y être intéressé, c'est à dire que je ne l'ai pas ajouté à ma liste.
Comme Douglas Buck est en dédicace demain, je me suis rappelé de ce film, ça avait l'air bien d'après ce que j'ai lu, en tout cas mieux que son remake de Sisters de De Palma, donc pour avoir un autre sujet de discussion que Terror firmer, j'ai vu sa "Trilogie Américaine".

On s'en doute de suite, le titre est ironique, et a pour but de démolir une certaine image des USA.
La première partie du film est "Cutting moments", il s'agit en fait d'un court-métrage que Buck avait réalisé en 1997, qui a eu un certain succès, remporté quelques prix, et qui a été suivi de deux autres films qui ont, tous ensemble, formé ce "Family portraits".
On le comprend bien rapidement : on nous présente une famille qui n'est pas heureuse et parmi laquelle règne l'incommunication.
Les époux dialoguent dans le vide, le père récupère un jouet Power ranger à son fils qui en a empilés deux de sorte qu'on croit qu'ils sont en train de forniquer, on voit une tasse sur laquelle est inscrit ironiquement "major league dad", et quand toute la famille est à table ils ne discutent pratiquement pas. Le fils touche les aliments dans son assiette du bout de sa fourchette mais préfère quitter la table que manger, et la mère, qui fait une tête d'enterrement depuis le début, hésite longuement à lui adresser la parole. Elle hésite tellement, à tourner la tête vers lui sans trop oser, que ce n'est plus crédible. L'actrice n'a pas dû bien jouer quelque chose que le réalisateur lui demandait, et ce dernier n'a pas dû s'en rendre compte, et ça expliquerait aussi que je n'aie pas compris pourquoi, quand le mari veut prendre une tranche de pain, la femme l'en empêche. Sérieusement, rien qu'à la façon dont ils bougent leurs mains à ce moment là, on voit que c'est mal joué car ce qui se passe est incompréhensible. Pourquoi le mari effectue un mouvement de la main qui relève du sursaut quand sa femme, en face de lui et dont les mouvements sont donc visibles, avance doucement sa main vers la sienne pour le retenir de prendre du pain ?

Visiblement la femme vit dans l'ombre du bonheur qui était celui du couple à l'époque de leur mariage : sur une photo de ce jour heureux, on entend une voix issue du passé déclarant "the greatest couple I know". Et tandis que la femme repense à tout ça dans son lit, la place à côté d'elle est vide.
Voilà le problème de Cutting moments depuis le début : ce que le réalisateur veut exprimer est livré avec trop de facilités.
Quand la femme arrive plus tard vers son mari, toute apprêtée et dans une belle robe rouge, celui-ci ne réagit par et reste le regard fixé sur la télévision. Douglas Buck exagère dans le figuré exagérateur pour faire comprendre quelque chose au spectateur.
La femme regrette son erreur, et décide de l'effacer, en se lavant à fond, comme quand quelqu'un qui se sent sale pour ce qu'il a fait se frotte le corps avec du savon plus que c'est nécessaire.
Ce qui s'ensuit est une scène absolument horrible, conne, et prétentieuse.
Ca rappelle The big shave, que j'avais bien aimé, en le voyant comme un film dénué de tout message. Peut être qu'il laissait chacun avoir son avis et interpréter ce qu'il voulait, en tout cas certains y ont vu une critique des USA à l'époque du Vietnam, ce que je considère comme poussif quand on sait que tout ce qu'on voit est un type qui se rase. Ca n'aurait pas été Scorsese et la plupart des gens voyant ça rétrospectivement auraient dit que c'est de la merde.
J'ai aimé The big shave surtout pour les réactions qu'il provoque, faisant sentir avec un plaisir pervers que quelque chose d'horrible va se passer. Et ce n'était pas si affreux que ça.
Dans Cutting moments, Douglas Buck cherche à dégoûter à l'extrême en osant en plus affubler l'horreur représentée d'un message dénonciateur.
Pourtant l'idée qu'il faille en arriver à faire quelque chose d'aussi choquant pour faire réagir les gens me plaisait.
Malheureusement ça va trop loin, la femme se fait couper les seins, le mari se coupe le pénis, ça ne veut plus rien dire, ça vire juste à la pure connerie gore, trash et obscène.
C'est ce génie de Tom Savini qui se charge des effets spéciaux, mais il peut partir en paix, je ne lui en veux pas, après tout ce n'est pas lui qui a écrit et réalisé ce film...

Dans la seconde partie, "Home", on a encore une famille défaillante, surtout à cause d'un père autoritaire qui, quand il est mécontent car son café est trop chaud, fait souffler sa femme quand il lit son journal, et casse la flûte de son fils quand la musique le dérange. Ce nigaud s'y rattache tout de même, et apporte son instrument cassé en cours de musique, le tenant fermement dans ses mains. Je suis au regret de dire que ça m'a amusé, alors que j'aurais peut être pris ça plus au sérieux si la première partie du film ne m'avait pas semblé si absurde. Ce qui m'a malheureusement amusé aussi, c'est la répétition de la réplique "you shouldn't stare" de la part du père, et la seconde fois ça arrive après que la mère du personnage principal a été emmenée ailleurs par des hommes en blancs.
Le fils prend sur lui pour le comportement de son père, et se fouette le bras, ce qui est le début d'une auto-mutilation qui se perpétue à l'âge adulte. Il devient un grand monsieur qui débarque à une soirée avec un regard fou qui lui donne un air de psychopathe, et c'est à se demander comment la femme qui est visiblement mal à l'aise en sa présence et qui semble ne pas vouloir lui parler forme une famille avec lui à la scène d'après.
Par ailleurs, qu'est ce qu'il s'est passé dans cette scène de la soirée ? Le personnage était en train de lire, peut-être étudier, il descend de sa chambre, et voilà qu'il se retrouve dans une soirée entre amis ?!

Il y a toujours la même lenteur que dans le premier court-métrage et qui a pour but d'instaurer une certaine ambiance, mais je n'avais déjà plus envie de la suivre.
La fin est assez semblable, sous un certain angle, à celle de Cutting moments, on retrouve l'idée de l'autodestruction comme seule issue.
Après un meurtre, le personnage principal ouvre un placard tout blanc avec sa main ensanglantée, il enfile un costume par-dessus ses habits couverts d'hémoglobine, et il sort sur le palier faire coucou à des voisins hors-champ. C'est ridicule. Sous prétexte que le personnage est fou, dérangé, on peut lui faire faire n'importe quoi.
Et qu'est ce que Douglas Buck a voulu exprimer cette fois ? Avec la réplique en voix-off qui parle des yeux et oreilles exposés au monde extérieur, est-ce que tuer était une façon de protéger du mal ? Et si le type se fouettait ou frappait, c'était une autre manière de ne pas être corrompu ?
C'est assez brouillon. Et cette réplique sur le fait que le personnage sente la présence du père, se demandant aussi ce qu'il a fait de travers, est-ce que c'était pour livrer un message un peu plus niais du type "quand on a un papa méchant, les enfants deviennent vilains aussi" ?

Dans la troisième partie, la plus longue, "Prologue", nous voilà encore avec des personnages et des membres d'une même famille qui parlent pour ne rien dire ou s'exprimer sur des choses futiles, sur un ton morne, avec lenteur, et en espaçant grandement les répliques. Douglas Buck retrouve une figure qu'il semble bien aimer : les silences embarrassés à table. Ce film serait le cauchemar de Mia Wallace.
Et puis ce n'est pas fini, il y a ce type dans la rue qui bloque le passage à une vieille femme pour lui parler de choses dont on s'en fout et elle aussi apparemment, puisqu'elle ne répond pas et se contente de hocher la tête. On a envie que ce malpoli s'arrête, mais la femme se met à discuter aussi, quitte à être coincée... A la question "how is your daughter ?", elle répond, l'air distrait "Angela ? Oh, of course..." Pourquoi faire perdre encore du temps, pourquoi demander ça alors qu'elle n'a qu'une fille, et pourquoi ce "of course" qui ne fait que retarder la réponse ? On apprend plus tard que sa fille l'a quittée, elle et son mari, mais si ce passage devait représenter la confusion et le désespoir de la mère, c'est assez raté selon moi.
On ne comprend pas au départ ce qu'il se passe avec Billy, la fille qui apparaît comme le personnage principal, et c'est dommage car l'idée était assez intéressante : une victime de viol (et de mutilation) revient dans sa ville natale où elle doit tenir bon malgré le regard des autres, qui savent tous ce qui lui est arrivé, et elle constate les changements survenus dans son entourage, notamment avec son petit-ami. Enfin tout ça on ne le comprend que bien plus tard, et ça aurait pu provoqué mon intérêt si ça avait été présenté plus tôt, mais à la place le mystère plane pour nous, et j'aurais peut être été patient si les deux premières parties du film n'avaient pas tout gâché en me faisant perdre complètement mon envie. Pour moi c'était trop lent, et c'est cette troisième partie qui a subi les effets des deux autres, puisque j'ai accéléré bien plus qu'avant.

Les longs silences et moments où il ne se passe pratiquement rien m'ont lassé à force, ce qui n'aurait peut être pas été le cas si j'avais vu "Prologue" à part.
Si j'ai trouvé ça mauvais au début, surtout en mettant en lien cette partie avec les autres, celle-ci doit être de loin la moins mauvaise. Peut être que dans d'autres conditions je l'aurais trouvée bien ?
La confrontation entre la victime du viol et son agresseur m'a touchée, le type fond en larmes, Billy n'ose pas le frapper. Elle constate qu'il regrette, et qu'il a été marqué lui aussi. Je pense toutefois que le jeu des acteurs y est pour beaucoup. Et pendant qu'on y est, je tiens à préciser que Sally Conway est bien belle.
La fin m'a paru assez faible, mais au moins elle n'est pas aussi ridicule que dans les deux autres parties, quel soulagement en fait... Ca fait aussi "plaisir" (terme à relativiser) qu'il y ait une petite touche d'espoir cette fois-ci.
Et ce qui était le plus plaisant après tout, ça a été l'apparition surprise de Lloyd Kaufman, dans le rôle du maire, sur la photo d'un article de journal encadré et accroché au mur. Enfin je crois que c'est lui, ce n'est pas précisé sur le net. J'espère y penser pour le demander à Douglas Buck demain, mais ça ne serait pas étonnant qu'il ait gardé contact avec lui après Terror firmer, ou alors Lloyd a simplement accepté comme il le fait avec n'importe quel film de série Z qu'on lui propose.

Family portraits c'était très mauvais, mais Prologue remonte un peu le niveau. Ce dernier s'inscrivait toutefois dans une catégorie que je n'aime pas trop : celle du drame qui à tendance à mettre mal à l'aise. Il y a pire toute de même, et quand on voit le mélange dramatico-horrifique débile d'à côté...
Je pense que je m'abstiendrai finalement de parler de Family portraits à Douglas Buck demain, je vais m'en tenir à Terror firmer, sauf pour demander si c'est bel et bien Lloyd sur cette photo de Prologue...
C'est malin ça, moi qui ai regardé cette "trilogie américaine" pour pouvoir en parler...

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