Vroum vroum bang bang

Avis sur Fast & Furious : Hobbs & Shaw

Avatar Cinématogrill
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Mine de rien, le temps file. Fast & Furious se résumait pour moi au premier épisode, en 2001 déjà. Une sorte de Point Break du pauvre pas désagréable pour autant où les grosses cylindrées remplaçaient les sauts en parachutes. L’épisode 2 m’avait calmé, le film d’action insipide du genre que l’on passe sur les écrans d’avions, et encore pas sur les sièges côté couloir pour limiter les possibilités de fuite du spectateur. J’ai dû l’arréter à la moitié pour ne jamais le reprendre, abandonnant les suites du même coup. Du coin de l’oeil, j’avais noté que les F&F avaient fait le choix judicieux de se transformer quelque part entre l’épisode 4 et 5 pour s’éloigner des histoires de courses de bagnoles clandestines pour lorgner du côté de l’espionnage musclé. L’arrivée du golden boy James Wan (les Saw, Conjuring ainsi qu’Aquaman) aux commandes de l’épisode 7 ayant permis de franchir la barre du milliard de dollars au box-office mondial, la série B à 38 millions de budget était devenue une de ces mégas-franchises de films à 200 million pour des recettes comparables au PIB d’un pays émergent. Peut être avec Marvel le dernier survivant en pleine forme de ces sagas lancées ces 15 dernières années : Transformers, Narnia et celles qui ont floppé rapidement comme Tortues Ninja, Divergente, Percy Jackson. Bref, le spin-off Hobbs & Shaw semblait l’occasion d’observer le phénomène de près, d’autant plus que le Jason Statham estival, au même titre que le barbecue et le mojito en pichet, ne se refuse pas.

Même s'il arrive 18 ans après l'épisode initial, on ne va pas parler d'âge de raison. Public non averti, j'ai mis du temps à comprendre ce qui me tombait dessus. Hobbs & Shaw ne s'embête pas à essayer de raconter quelque chose, c'est tout simplement du Austin Powers avec un budget illimité pour ses scènes d'action over-the-top propre à faire rougir le plus déjanté de Bollywood. Fast & Furious premier du nom à côté, c'est la réalisation de 2001 l'odyssée de l'espace croisé avec le développement de personnage de Citizen Kane.

On sent dans le fond une volonté de ressembler très fort à un Mission impossible, il adopte la même structure en quatre temps avec un acte en plus là où on pensait que l’histoire se terminait, il embauche de l’actrice Vanessa Kirby aperçue dans Ghost Protocol et le scénariste Drew Pearce ayant collaboré à Ghost Nation, mais les dialogues de blagues carambar nuisent quelque peu à l’immersion. 90% des échanges du duo se référant soit à ce qui se passe en dessous de leurs ceintures soit à leurs muscles, soit les deux, et les plans cuissots ne sont pas rares. On est au niveau des répliques d’un gamin qui joue avec ses G.I. Joe devant aller sauver barbie, il trouve que les bisous c’est dégueux et que le dessin d’une bite en va quand même de l’humour indémodable. Circonstance aggravante, l’intrigue à base de supervirus et de soldats transhumaniste ressemble à du Paul W. S. Anderson réécrivant un épisode d’Inspecteur Gadget, et ce n’est pas une bonne nouvelle.

Un exemple du scénario en roue libre dans un champ de pavots en flamme ? Nos héros viennent de semer le grand méchant (Idris Elba qui a dû toucher un gros chèque mais était-ce suffisant que pour devoir se taper le look de Joestar ?), ils descendent de voiture et le temps d’aller au bout de la rue notre bad guys s’est rendu dans une base secrète paumée dans la montagne pour convaincre ses patrons de demander à toutes les télés du monde de faire passer Hobbs & Shaw pour des terroristres, ce qui n’aura d’ailleurs quasiment aucune incidence sur le reste de leur périple vu qu’ils se baladeront à visage découvert partout où ils iront.

Oui, il en est de ce genre d’histoire où tous les personnages ont la capacité de se téléporter, font un quasi-génocide d’hommes de main partout où ils passent mais sont quand même des gentils car les méchants sont russes, ils ont des munitions illimitées doublé d’une immunité aux balles, sont des bêtes en kung fu et picolent comme s’ils avaient un foie de secours. Le bingo du blockbuster est complet, je peux partir en paix.

Et pourtant… ce n’est pas une purge. Nos deux alopécies bodybuildées mécanophiles ont suffisamment d’énergie que pour assurer le spectacle. Spectacle qui d’ailleurs ne recule devant rien, offrant les situations les plus improbables à défaut des plus crédible. Le dernier quart du film assumant complètement sa dinguerie à travers un remake des sept samouraïs hawaïen saupoudré de Mad Max, j’en demandais pas tant en entrant dans la salle. L’ancien cascadeur devenu réalisateur David Leitch (Deadpool 2, le désormais culte John Wick), s’il céde trop souvent aux sirènes de l’action cutée illisible avec 10 plans à la seconde, y réussit même quelques séquences plutôt très regardables.

Niveau vannes, c’est un peu pareil, forcément quand on en envoit quinze à la minute il y en a bien une ou deux qui fonctionnent en deux heures de film, c’est statistique. Les apparitions de Ryan Reynolds ou Kevin Hart ressemblant d’ailleurs beaucoup plus à un sketch improvisé sur le plateau de tournage qu’à un vrai dialogue écrit par des vrais scénariste, du moins sobres.

Tout ça fait que Hobbs & Shaw conserve une certaine “fraicheur” et que l’on comprend un peu pourquoi Fast & Furious est toujours là presque deux décennies plus tard sur un concept tellement usé que l’on voit à travers depuis quatre films au moins. Sans obligation de suivre une “mythologie” comme feu Transformers, le film a la liberté de partir dans toutes les directions et c’est quand il le fait qu’il est le meilleur. Meme si on a l’impression qu’une partie des 200 millions de son budget est passée dans une broyeuse à sapin plutôt que dans la réalisation, le canevas du récit d’action bourrin stéréotypé au possible ne sert cependant que de toile à ce qui apparaît comme un délire entre pote à la American Pie. Dans cette optique, difficile de parler de défaut quand on ne cesse de friser la parodie.

Destiné à très mal vieillir, déjà un poil ringard, on ne peut toutefois pas atomiser sans remords ce truc boursouflé généreux à l'excés envers son spectateur et ses fans. C'est couillon, c'est drôle, c'est gavé d'action, Fast & Furious : Hobbs & Shaw remplit son contrat. Inutile de venir y chercher quoi que ce soit d'autre.

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