Faire de la merde peut-il être un plan de carrière?

Avis sur Fast & Furious : Hobbs & Shaw

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Au fana de voiture qui se la collait en suivant Paul Walker jouer les beaux gosses en passager de Vin Diesel, légende mutique de la route pas même plus expressif lorsqu'il se bat contre Dwayne Johnson que lorsqu'il mime d'avoir perdu sa compagne, il ne servira à rien de jeter un oeil à Hobbs & Shaw, qui n'a décidément de Fast & Furious que le nom d'affiliation de spin-offs à la saga, qu'on n'aura jamais vu plus éloignée de ses intentions initiales.

Lancé tambour battant dès ses premières minutes, ce mélange curieux entre un tas de bons films d'action connus du grand public installe un fossé profond avec la saga "officielle" en assumant totalement la direction entreprise par les 6 et 7 : ce concept de faire absolument n'importe quoi avec de grands moyens propulse la franchise dans une direction inattendue que le 9ème (!) épisode devra amener jusqu'à son paroxysme (c'est du moins ce que sa bande-annonce promet).

Il paraît pourtant complexe, après le visionnage de ce premier spin-off, de partir encore plus loin dans le délire what the fuck : débile à en crever, il met tout de même en scène des voitures plongeant de building et survivant à des effondrements de bâtiments quand elles ne truck pas des hélicos de combat pilotés par des "Superman noir génétiquement augmenté", pilotées par nos deux compères ou la famille Samoa d'Hobbs, soit de Dwayne Johnson qui aura compris que les origines d'une star adorée du public restent un excellent argument marketing à exploiter.

Seulement, le too much de l'oeuvre couplé à son humour affligeant lassent la première heure passée : là où la surprise de voir un nanar de luxe (moitié de surprise, me direz-vous) donnait lieu à un émerveillement du niveau de connerie déployé, se rendre compte que l'oeuvre se contente de sa bêtise sans vouloir sortir des sentiers battus lui assène un ressenti de répétition qu'on assimilerait presque à une boucle temporelle, le schéma action-blague-dragounette se repointant inlassablement, jusqu'à ce que son générique mi-comique mi-pathos vienne y mettre un terme en promettant forcément une suite, et en jouant sur l'humour attendu d'un Ryan Reynolds complètement inutile (mais toujours présent pour nous abrutir de ses blagues Deadpool).

D'autant plus qu'on ne pourra s'enlever de l'esprit que là où la saga officielle a créé ses propres codes jusqu'à les parodier sans retenue, Hobbs & Shaw ne les reprenant qu'en fin de bobine préfère se monter comme un melting-pot foireux de tout un tas d'autres long-métrages cultes : principalement mélange entre les derniers Mission : Impossible et John Wick, son incapacité à inventé le pousse à pomper, tant qu'on y est, du côté du Transporteur et des Bond de Craig pour s'assurer un tout explosif et un succès garanti.

Le résultat, fidèle à ce qu'on pouvait en attendre, se foire lamentablement du fait de son humour insupportable et présent la plupart du temps, en ce sens très inspiré de la recette Marvel actuelle où les blagues prennent le pas sur les thématiques et détruisent tout enjeu. Et si le gros de l'oeuvre est laissé aux vannes ainsi qu'à la détente, c'est aussi pour respecter et toujours mieux glorifier la réputation et l'image de marque de ses deux héros, The Rock et Statham se la jouant autodérision au travers d'une bobine parodiant l'ensemble de leur carrière.

Le soucis inhérent à la démarche de construire une oeuvre sur la douce moquerie à l'égard de ses stars place les jalons de son ambition : Hobbs & Shaw, qu'on savait loin d'être réfléchi, n'a donc rien d'autre à proposer qu'un ramassis de références pseudo geek et de repompes variées sur un fond d'esthétique reprise du style de Chad Stahelsky, collègue de travail du réalisateur David Leitch, et rendu célèbre pour avoir élevé, au moment du départ de la trilogie de Leitch, l'esthétique John Wick à un niveau artistique et lisible impensable, cela ajouté à des vannes lourdes et étouffantes seulement ajoutées pour rendre l'action sous CGI plus digeste et "proche du spectateur".

Symptomatique de ce qui déconne en ce moment dans le cinéma de genre américain, Fast & Furious : Hobbs & Shaw, devenu bordélique comme si le rendre ridicule nous le ferait considérer comme une bonne comédie, n'existe que dans ses emprunts kitschs et ses inventions too much laissant penser qu'il ne sait inventer autrement qu'en poussant à leur paroxysme des concepts usés jusqu'à la moelle. Le surréalisme de son action, placé en édifice du divertissement ultra-spectaculaire lorgnant du côté du film de super-héros (l'invincibilité des personnages et la considération d'Elba comme Superman en témoignent), s'érige en ode à la connerie dont l'utilité principale est de justifier l'existence de spin-off non pas comme un mauvais film d'action excessif, mais bel et bien selon une nouvelle mouvance naissante dans le cinéma de genre moderne : le plaisir coupable volontaire et paresseux, si simple à faire quand on est incapable de pondre une oeuvre un tant soit peu aboutie, présenté comme une source d'invention et une alternative à un cinéma jugé comme trop sérieux, "qui fait trop réfléchir".

Le prétexte du plaisir coupable est en ce sens malin et opportuniste qu'il renvoie aux nanars cultes des années 80, et l'excuse directement de ses âneries, de ses défauts, de ses emprunts et du but purement pécuniaire de son existence plutôt brinquebalante. Comment lui reprocher d'être mauvais s'il pointe un écriteau "Je suis un film de merde" le long de sa durée? A défaut de ne pas pouvoir le démonter pour cela, on pourrait au contraire lui reprocher de ne pas être suffisamment catastrophique pour ses ambitions nanardesques.

Le pire dans l'histoire, c'est qu'on prend un pied raisonnable.

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