F&F, une étude intégrale, 3/8 : la fournée de la femme

Avis sur Fast & Furious : Tokyo Drift

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[Avec plus de 5 milliards de recettes, F&F figure dans le top 10 des sagas les plus rentables de l’histoire du cinéma. L’occasion de pleurer sur le septième art, de se questionner sur ce qui fait son succès, ce qu’il dit du monde qui la plébiscite et de son évolution au fil des exigences fluctuantes du box-office. Une saga critique en huit parties]

L’arrière-plan d’une mythologie est toujours un excellent moyen de connaitre la culture d’une civilisation. Le sort réservé aux femmes dans la saga Fast & Furious, dans ses permanences comme sa tentative d’évolution, en dit ainsi beaucoup sur un sujet qui peine tant à progresser.

Le début de la saga fait de la femelle un background attendu : c’est en premier lieu une figurante dont on filme peu le visage, attendu que le cadrage sur les moteurs des personnages principaux ne va capturer que les postérieurs galbés des demoiselles venues en masse assister aux exploits des mâles en rut en se penchant savamment sur les chromes, consentantes aux jeux de mots d’une grande finesse visant à comparer leurs pare-chocs et ceux des machines. La femme est un kebab en bikini, prête à consommer, sur place ou à emporter, qui fait du polish, des concours de tee-shirt mouillés (FF1) se déhanche au ralenti d’une musique technoïde dans la chaleur de Miami (FF2), Tokyo (FF3) ou Rio (FF5), et ne se rhabille même pas sous le climat de Londres (FF6).

La jeune femme a l’esprit collectif : elle est toujours avec des copines, au bras d’un mastard, attirées comme des mouches par la combinaison ultime du biceps/bifton. Elles s’embrassent régulièrement à pleine langue à deux (FF3) ou trois (FF4). Qu’elles ne viennent d’ailleurs pas nous parler d’inégalité et de droits exclusivement masculins : dans la saga Fast & Furious, on ne voit jamais un seul mec en faire autant.

De toute façon, elles s’en sortent toujours bien : elles ramassent dans le sillage des bonhommes blindés, dans des boites de mannequins, du champagne, de la monnaie ou les honneurs du repos du guerrier. Roman Pearce, queutard mythologique de la saga, résume bien le propos au sujet du butin à venir dans FF5 : $11 million? Sounds like a whole lot of vaginal activity to me. Et non, monsieur n’est pas vantard. Dans l’intro de FF6, il a fait écrire sur son jet privé rempli de femelles en chaleur : "It's Roman, Bitches!"

Il serait néanmoins injuste de cantonner la femme à cet arrière-plan. En bon ressort narratif, elle a sa juste place dans les intrigues, qui n’hésitent pas à la redite. Dans les trois premiers volets, c’est un élément d’un triangle : la sœur d’un mec aux gros pecs acoquinée avec un autre mec à gros pecs qui va tomber en amour pour le flic undercover à belle permanente (FF1), la latino Eva Mendes undercover acoquinée au baron de la drogue qui va tomber en amour pour le flic undercover à belle permanente (FF2), la jeune locale tokyoïte acoquinée à un gros bras des yakusas qui tombe sous le charme du yankee nouveau venu dans la course… De toute façon, on explique clairement l’idée dans le prologue de cet opus (le 3) : lors d’une course (dont on lance le signal avec un soutien-gorge), la Barbie dans la voiture de Ken reluque du côté du rebelle et annonce avant la course : winner gets me. De quoi exacerber les pulsions chevaleresques de nos héros.

À partir du 4, et de la constitution d’une « famille » (on reviendra sur ce point saillant des « valeurs » défendues par la franchise), quelques rôles vont néanmoins émerger, diversité oblige.

Dans la bande, s’il y a un Wasp, un latino, un black, un geek, il fallait bien quelques femmes. Letty est le pendant féminin de Toretto (Vin Diesel), même si elle a moins de poitrine que lui. Elle est badass parce qu’elle a des débardeurs, braque des guns, garde les yeux mi-clos et sait parler aux hommes (You've got some serious balls, man) comme aux femmes avant de les buter (Wrong team, bitch!)

Autour d’elle, la riposte féministe s’organise : deux rôles de mères (la sœur, la flic), une d’agent du Mossad (Gadot en répète avant Wonder Woman) qui sait montrer qu’une femme a son rôle à jouer : You don't need to send a man to do a woman's job, assène-t-elle. Et pour cause : elle se fait palper le cul par un vieux libidineux afin de recueillir son empreinte palmaire. Il faudrait vérifier si Weinstein a pris part à la production de ces films.

Le succès et les budgets croissants aidant, la saga monte en gamme : on se fracasse en tenue de soirée dans des Penthouse d’Abu Dhabi, en mode superstars du catch, mais en talons et uniformes, l’antagoniste étant bien entendu massive, une sorte d’autrichienne qui vous explique graphiquement ce que serait la force sans la grâce, c’est-à-dire avec de la graisse. Une méchante, quoi.

Parce que bien évidemment, il en faut en femmes aussi, et FF8 respecte l’air du temps qui nous souffle des faux airs de parités. La grande méchante sera une femme (Charlize Theron à dread locks badass), qui souhaite la fin du monde, mais le fait en mode utérus : elle kidnappe un bébé, et elle parle tout le temps. Elles peuvent pas s’empêcher, quand même. Heureusement qu’une saga comme F&F sait leur donner leur juste place.

La suite, c'est vendredi prochain.

https://www.senscritique.com/liste/Fast_Furious_une_etude_integrale/2203860

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