Faute(s) de vie

Avis sur Faute d'amour

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Il a remporté le Prix du jury du festival de Cannes 2017 : le tout dernier film d'Andreï Zviaguintsev, "Faute d'amour" est un portrait cynique d'une société patriarcale universelle, basée sur des liens familiaux tortueux et mensongers.
Tourné en Russie, dans un environnement polaire, ce film aurait tout aussi bien pu être réalisé à Paris ou à Berlin tant les scènes de la vie quotidienne se ressemblent, à peu de choses près : une foule de cadres agglutinée dans un ascenseur nauséeux, la même foule dans un wagon de métro assourdissant, des amatrices de selfie plus coquettes les unes que les autres ou encore des conducteurs grincheux, impatients d'atteindre leur point d'arrivée... Tant dans la mise en scène que dans l'écriture du scénario, le réalisateur rend ses personnages antipathiques, donnant à voir au spectateur une vision très pessimiste des relations humaines.
Aliocha, jeune garçon de douze ans, sort de cours plein d'énergie avant de rejoindre l'appartement de ses parents sur le point de divorcer. Contraste saisissant entre sa vie à l'extérieur et sa vie à l'intérieur, la scène de la visite d'appartement illustre le malheur de l'adolescent, qui a perdu le sourire qui était le sien dans le paysage enneigé et magique du tout début du film. Ce paysage portait une lumière qui ne reviendra plus.
Déshumanisés, les parents apparaissent comme égoïstes, dépourvus d'empathie ou d'amour, irresponsables et profondément intéressés. Tandis que l'un couche avec Macha, jeune femme enceinte un tantinet naïve, l'autre, scotchée à son smartphone, dort avec un "CSP +" qu'elle se plaît à décrire à son esthéticienne ou sa coiffeuse. Une comédie humaine qui n'a rien de comique, puisque la tournure des événements vire au drame. Un drame abordé de manière glaciale. Ni haletant, ni inquiétant, ce film, qui s'étire en longueur, est aussi intéressant que terriblement technique.
Le manque d'empathie volontairement transmis par Andreï Zviaguintsev tend à endormir le spectateur, qui étouffe face à tant de misère sociale et humaine : l'amour n'existe plus et ne semble avoir jamais existé. Triste fatalisme !
Belles lumières, toutefois, et quelques éclats de poésie...

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