Dirty Aristochats

Avis sur Felidae

Avatar zombiraptor
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Exceptionnel. Voilà c'que c'est ce truc. Exceptionnel. A voir absolument.

Bon je vais étayer un brin.

Felidae, c'est l'histoire de chats d'un même quartier qui parlent et font connaissance. Voilà, comme dans un tas d'autres bien plus renommés de studios infiniment plus célèbres. Seulement, pour reprendre une réplique de Francis, le chat héros du film, "ce à quoi j'assistais n'avait rien d'une séquence des Aristochats...".

Felidae bâtit une histoire sombre, sordide, thriller quadrupède aux tons lugubres culminant parfois dans un curieux malsain dont la violence n'a d'égale que la flagrante élégance de ce doux dessin félin. Créatures graciles au déhanché voluptueux, avançant d'une démarche sinueuse dans d'obscures caveaux, des monceaux de cadavres en putréfaction de charniers pourrissants aux planches miteuses de greniers grinçants, en passant par les laboratoires d'expérimentations macabres tant dans les hurlements de douleurs qu'écrasé par le silence lancinant de la mort à l’affût, acteurs martyrs d'un terrifiant théâtre où la volupté d'une avance sexuelle côtoie de près les tripes d'un corps écorché.

Ce conte lugubre où l'enfantin trait d'un dessin qui bouge pour un matou qui cause fornique avec la luxure débraillée et les corps éviscérés d'un monde bestial, simple, direct et inconnu élabore une atmosphère collante comme on en croise rarement sur une pellicule de griffonnage mouvant. Un monde des bas-fond, un monde de sous-sol, un monde rampant et glissant où anguille au pelage duveteux sinue entre les colossales pattes de cet être bipède au savoir d'ouvre boite si serviable. L'humain marche d'un pas lourd, géant sans visage à l'allure pataude, son imposante et bruyante masse ne trouvant d'égal que dans son éternel fadeur et dans sa régulière inconsistance, utilitaire, comme l'habitude d'un quotidien côtoyé sans égard ni animosité, terreau fertile d'une indifférence apaisée et d'une cohabitation tolérée. Les chats, seul intérêt de cette fable narrée par leur royaume nocturne, errent dans des décors improbables où la chair valse avec le sang, montrés sans retenue dans leur quotidien d'ombres de gouttières, tel les acteurs martyrisés d'un giallo crasseux, toute la grâce féline d'un délié efficace en plus, dans une ambivalence des genres du plus brutal effet.

Embourbé dans ce merdier savoureux, le film tient et accroche comme des griffes dans un pull, jonglant avec une hardiesse rare entre l'exécrable et le sucré, entre l'horrifique et la comptine.

Ce polar baveux et miaulant des caves et ruelles, gravé dans la douceur fluette et le cynisme profond, pose sont empreinte de velours sur un cellulo miteux, souillant de sa griffe débridé un monde de chansons et d'oisillons sifflotants pour s'imposer comme une perle rare d'une subtilité étonnante. Gros coup de coeur.

Merci à Pravda de m'avoir un jour conseillé ce film.

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