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Microcosm Windows

Avis sur Fenêtre sur cour

Avatar real_folk_blues
Critique publiée par le

On va pas encore ressasser le fait que Rear Window est un film de voyeur mis en scène par un voyeur mettant en scène un voyeur —photographe de surcroit, presque un pléonasme— par ce que ça va, hein, tout le monde il a compris.

Moi ce qui m’a plu, en dehors du minois intemporel de Grace Kelly, c’est cette façon très pertinente, et j’allais dire assez visionnaire, qu’a Hitchock de pointer l’isolement de l’individu moderne enfermé en microcosmes voisins, avec fenêtres ouvertes (notez le double sens de fenêtre d’un point de vue informatique) sur l’autre.

C’est d’ailleurs ce qui frappe d’entrée : cette succession de tableaux mouvants pas loin d’évoquer la solitude d’un quotidien artificiellement vivant d’une toile de Hopper, dont l’esthétisme de studio à croquer renforce l’impression d’assister à une représentation plastique d’un monde grouillant d’atomes décrochés.

Et miam à quiconque (à l’instar de votre serviteur) est plus que friand de décors de studio, avec éclairages et peintures de fond ad hoc. Hitchock semble d’ailleurs se délecter de son set tant sa caméra —de façon fort à propos— scrute, glisse et vante l’arrière-cour du titre.

Si les qualités du film en matière de suspens sont indiscutables, on regrettera cependant qu’elles se retrouvent un peu plombées par une forme un poil trop bavarde, et une ou deux facilités (le changement d’avis presque incohérent de Lisa, entre autres….).

Stewart, tête de premier de classe et diction au shewing gum à couper au couteau, me semble parfait dans ce rôle d’ahuri passif à la maturité sexuelle d’un gamin de douze ans (faut voir son intérêt pour Grace Kelly et ses signaux imp/explicites pour y croire). De toute façon j’ai un faible pour sa trogne, Le Grand Détournement y étant sans doute pour quelque chose.

La douce misogynie ambiante prête à sourire ; signe d’une société désuète ou point de vue d’une production convaincue ? N’empêche que la vision de la femme de Fenêtre sur Cour y est sans équivoque : greluche, bimbo, tyrannique, pathétique, bavarde, superficielle ; quoi qu’il en soit toujours très sexuée (chacun des personnages féminins se comporte ou se vêt de façon explicite au moins une fois dans le film). Cet antagonisme constant fait figure de tension sous jacente bien représentative à mon avis de la psyché du tordu derrière la caméra.

Sinon, Rear Window est chouette comme tout, entre forme impeccable et charmante, galerie de personnages théâtraux bien servi par un duo principal dans ses chaussettes et des seconds rôles qui font le job (L’homme de fer !). Réalisation solide, scènes croustillantes, direction artistique au poil sont aussi au rendez vous.

Cependant j’ai trouvé la gestion de la tension un peu arythmique, manquant parfois d’appoint, et la tendance volubile du script s’épanche à défaut de silences dont l’emploi auraient sûrement renforcé le travail de hors champ.

Hitchock à la fenêtre, ça aurait pourtant pu faire un as du carreau.

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