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Fenêtre sur cour par Gabin Vissouze

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Il s'agit du deuxième Hitchcock que je vois (je sais je sais, je me suis rattrapé dernièrement) après Psychose. J'y allais un peu avec appréhension, me disant dans ma petite tête d'abruti que c'était peut-être un Hitchcock mais que bon... 1954 ça fait vieux quand même ! Faut s'accrocher quoi.
Quel agréable surprise, je dirais même quelle claque ! En un seul film, Hitchcock m'a prouvé que ce n'est pas pour rien, qu'on le considère très souvent comme l'un des plus grands réalisateurs voire même le plus grand de tous les temps! Il est vrai que le film est assez vieux : techniquement c'est entièrement dépassé et un esprit simplet en trouverait ça ridicule. Mais mon dieu quelle mise en scène... Il s'agit dans les grandes lignes d'un huit-clos, en ce sens que l'action se passe uniquement au bord de la fenêtre et la caméra n'en bouge jamais pour filmer le petit quotidien de tous les voisins de la résidence. Et pourtant, le rythme ne s'essouffle à aucun moment, on est constamment captivé par tout ce qu'il se passe. Les personnages de la résidence mis à part celui que l'on surveille, sont "extérieurs" à l'histoire et pourtant c'est grâce à eux que le récit avance. On ne les entend pas, on les voit de loin, on les observe, nous les voyeurs derrière notre écran, et c'est tout comme si nous les connaissions réellement. Tout le génie de Hitchcock repose sur l'imaginaire du spectateur. En effet, il nous "suggère" les personnages plutôt que de nous les imposer et c'est là que ça en devient remarquable.
Un deuxième point qui m'a marqué c'est tout simplement ce côté décalé quand on observe la vie de tous ces curieux personnages plus loufoques les uns que les autres (le musicien, la veuve dépressive, la danseuse étoile toute en paillette et froufrou et véritable piège pour la gente masculine, la concierge qui prend le soleil dès qu'elle en a la possibilité sur son mètre carré d'herbe...) par rapport au sujet même de l'intrigue : l'homme dans l'appartement d'en face a-t'il vraiment tué sa femme et si oui pourquoi? En effet Hitchcock a su trouver un juste milieu entre l'humour et le sérieux face à ce drame, grâce à une réalisation toute en finesse.
Enfin, j'ai été stupéfait par la classe des acteurs, qualité qui a très souvent tendance à se perdre aujourd'hui (allons bon me voilà vieux jeu). James Stewart en jette et Grace Kelly est bouleversante de séduction et de féminité.
Enfin voilà, c'est incontestablement un très grand film, qui pour ma part se place sûrement parmi les 10 films qui m'ont le plus marqués. C'est en voyant ça que je sais pourquoi je veux faire du cinéma. Ah quel doux rêve... Mais le bout du chemin est encore loin (très, très loin...). En tout cas ce film illustre parfaitement le fait qu'il n'est nul besoin de s'entourer d'effets spéciaux, de matériel toujours plus performant et de prouesses techniques pour faire du vrai cinéma. Ce qui compte c'est une bonne idée, du travail (beaucoup) et une petite dose de talent. C'est pourquoi Fenêtre sur cour est intemporel. Allez aux chiottes Michael Bay et vive le cinéma !

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