Famille nombreuse, famille heureuse

Avis sur Festen

Avatar Marcus31
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Voilà, j'écluse ma liste dite des monuments du cinéma que je n'ai pas vu, on va dire à lenteur grand L : https://www.senscritique.com/liste/Ces_monuments_du_cinema_que_je_n_ai_pas_vus/1339881 . Si à mon rythme actuel, il me faudra vivre très très vieux pour tous les voir, je peux en tout cas affirmer que Festen méritait amplement sa place sur cette liste.

Il y a dans Festen du Chabrol, pour la critique sociale au vitriol, et du Bunuel, pour l'absurdité et la crudité des situations. Le tout étant plus que vitaminé par le Dogme. Ca se déroule sur moins de 24 heures, à un rythme effréné : il n'y a quasiment pas de mise en place, ça démarre tout de suite, et de quelle manière. Dans des circonstances qui ont tout pour être heureuses (une famille d'un rang social élevé se réunit pour fêter les 60 ans du patriarche), on perçoit tout de suite une forme de fêlure, de côté sombre. Ouais, ils sont tous barrés, d'une façon ou d'une autre, et la violence de leurs rapports saute aux yeux dès les premières scènes, avant même que certains protagonistes n'atteignent la maison de famille.

Inutile de vous dire que la fête va se barrer totalement en couilles suite aux révélations, d'abord timides, puis de plus en plus affirmées, de l'ainé de la fratrie. En dépit de cela, elle se poursuivra jusqu'au lendemain matin, permettant au passage au spectateur d'assister à un des plus beaux étalages d'hypocrisie de l'histoire du cinéma. Il faut les voir ces bourgeois s'empiffrer et picoler, faire la chenille, chanter leurs chansons xénophobes et débiter leurs blagues vaseuses, sous la houlette d'Helmut, un maitre de cérémonie allemand plus vrai que nature. Cela alors que peu à peu les masques tombent et que les secrets de famille se révèlent à tous. Le tout d'ailleurs dans une sorte d'ambiance de lutte des classes, qui n'est pas pour me déplaire, puisque les employés de la famille, qui travaillent aux cuisines pour nourrir tout ce beau monde, vont contribuer à faire tomber le nouveau sexagénaire de son piédestal.

Un film percutant donc, violent même, une authentique charge contre une certaine notabilité nordique, fort bien réalisé et interprété. Et Vinterberg a par la suite prouvé son talent en d'autres circonstances et dans d'autres registres (Festen date de 1998), et, plus généralement, l'école danoise a véritablement explosé par la suite. Car, avec Breaking the Waves, Festen est un film qui marque le début de quelque chose : un film culte, peut-être.

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