Fight club ou "la faculté d'ignorer totalement ce qui n'a pas d'importance".

Avis sur Fight Club

Avatar Bastien Pavec
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[Critique garantie avec spoilers] « Fight club », film américain de David Fincher est considéré comme culte. En tant que tel, il a déjà fait couler beaucoup d'encre. Pourtant, je ne l'ai que peu apprécié. Et, je sais pas trop pourquoi, mais m'est venu l'envie de dire pourquoi ...

« Fight Club » souffre d'une première contradiction : il bénéficie d'un budget conséquent (63 millions de dollars) et d'un casting d'acteurs connus (Brad Pitt, Helena Bonham Carter) tout en prétendant dénoncer la société de consommation.
Certes, il a le mérite de mettre en perspective le « malaise du siècle » (cette génération sans but, désœuvrée) au tournant des années 2000. Mais, il use de constats sur lesquels on ne peut que tomber d'accord (ou presque) tant ils sont devenus banals (en vrac : les travers du capitalisme, de la société de consommation et d'un travail de plus en plus déshumanisé) et n'en fait pas grand chose de neuf. Auto-correction : la première moitié du film apporte quelque chose au concept de base ; la seconde partie m'a paru inutile de ce point de vue

Le deuxième point qui m'a déplu est l'incohérence d'un certain nombre de scènes par rapport au dénouement. Ces incohérences sont de plus en plus importantes et visibles à mesure que l'on approche de la fin, ce qui, certes, sert le concept de chaos (qui, d'ailleurs, justifie un peu tout et n'importe quoi - au mépris de la cohérence interne du film) et la montée en puissance de la folie de Jack/Tyler, mais contribue aussi à décrédibiliser une bonne part du film.
On a, par exemple, droit au moment où Lou démolit à coups de poing Tyler, donc Jack. Dans la scène suivante (discussion entre Jack et son chef dans le bureau de ce dernier), qui se déroule forcément lors de la même semaine, Jack ne garde aucune marque du passage à tabac. (la seule blessure qu'il arbore, recouverte d'un pansement, est celle qu'il s'est infligé à la main avec de la soude) Sans même parler de la scène finale, voire des trente dernières minutes du film.
La seule chose qui reste véritablement crédible du début à la fin, sans sombrer dans la totale démesure qui caractérise ce film, est la relation entre le narrateur et Marla.

Enfin, la violence gratuite, présente tout au long de « Fight Club », m'a souvent paru inutile à la progression du récit et des personnages (Jack suit, il est vrai, une sorte de rite de passage où il finit par tuer son mentor – Tyler). J'ai parfois eu l'impression d'être face à un film qui se voulait intellectuel pour se donner bonne conscience (dénonciation plus que classique de la société moderne) tout en achetant celle du spectateur (violence).

Pour autant, l'humour cynique omniprésent contribue à sauver l'ensemble. Mais, ce cynisme devient peu à peu très (trop?) étouffant, bien qu'il participe également à l'ambiance générale de « Fight Club ».

Sur le plan de l'esthétique et de la bande-son, ce film est également très bon. Ainsi, chaque image est travaillée de façon à créer une ambiance glauque et un peu irréelle (David Fincher est connu pour la qualité de son travail sur l'image et son côté perfectionniste).Le film rend globalement une image très terre-à-terre et crue des personnages, ce qui constitue, selon moi, l'un de ses principaux intérêts.
La bande sonore est originale et efficace. (au passage, la musique de fin est géniale et, en prime, colle parfaitement au film)

Donc, David Fincher a eu pour ambition de laisser ouvertes plusieurs interprétations de « Fight Club », mais ce faisant n'a que peu développé le concept de base du film, alors même que ce dernier dure 2h15 et a bénéficié de moyens conséquents.
Toutefois, il a réussi à installer une esthétique efficace et novatrice, servie par une bande-son intéressante et par un cynisme omniprésent. Hélas, « Fight Club » achève de se décrédibiliser à deux titres : ses nombreuses incohérences et sa violence non-essentielle à l'intrigue.
Finalement, le seul point d'ancrage valable laissé au spectateur est la complexe relation entre le narrateur et Marla, ce qui semble bien insuffisant pour un film souvent qualifié de chef d’œuvre.

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