Tristesse au bordel

Avis sur Filles de joie

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Elles s’appellent Axelle, Dominique et Conso. Ce sont deux mères de famille qui galèrent, c’est une jeune un peu paumée qui croit avoir trouvé l’amour avec un type marié. Elles habitent dans une cité, ou pas loin dans un pavillon, près de la frontière belge et, presque tous les jours, elles vont de l’autre côté se prostituer dans un bordel pour arrondir les fins de mois pas faciles. Le titre est évidemment trompeur : pas grand-chose de joyeux dans tout ça, et ce serait plutôt Filles à la peine parce que rien ne leur sourit, à ces filles-là. Entre un ex violent, un amant baratineur, un mari à la masse et une détresse sociale XXL, elles font comme elles peuvent pour s’en sortir, pour elles, pour leur famille et pour un avenir un peu plus rose, ou un peu moins noir.

Anne Paulicevich et Frédéric Fonteyne ne font pas vraiment dans la dentelle. Croulant sous un naturalisme cru, leur film ne fait de cadeaux ni à ses héroïnes ni aux spectateurs. Si bien que cet excès de glauque (et malgré quelques touches d’humour ici et là) finit par en devenir artificiel, affecté, histoire de bien marteler le message, l’opiniâtreté du combat de ces femmes contre une adversité rageante (et surtout contre les hommes). Ce manque de subtilité dans l’approche d’une réalité que l’on sait pourtant terrible (Paulicevich a passé neuf mois auprès de filles dans un bordel à écouter leurs histoires : double vie, situation précaire, violence des passes, sexualité sans égard et sans chaleur…) se traduit par une vision binaire et manichéenne à laquelle on peut ne pas adhérer.

Ici tous les hommes sont forcément des salauds, ou des pervers, ou des obsédés, ou des impuissants, et les femmes des saintes (la référence à Mère Térésa), des déesses (au bordel, elles se font appeler Athéna, Héra ou même Circé), des martyrs d’une société sans pitié où les violences faites aux femmes semblent ne jamais devoir cesser. On peut y voir là une espèce de féminisme cash qui manque de nuances et qui, in fine, se réduit lui aussi à une violence, supposée légitime. C’est quand le film abandonne ses penchants misérabilistes et autres velléités revendicatives maladroites qu’il sait davantage nous toucher, observant alors, sans fard ni excès, le quotidien déglingué de ces femmes grandes gueules et attachantes, main dans la main face aux coups du sort, et incarnées par un trio d’actrices (Sara Forestier, Noémie Lvovsky et Annabelle Lengronne) plein de fougue et de vérité.

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