Un film qu'on aime détester pour mieux nier

Avis sur Filles de joie

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Anne Paulicevich et Frédéric Fonteyne se lancent dans la réalisation d'un film de revanche à la belge. Du coup le film oscille, sans déplaisir, entre une émission de Strip-tease (l'émission qui vous déshabille) et un striptease cru balancé dans le glauque d'une maison close belge aux petits moyens.

Tout repose d'ailleurs sur le jeu des trois actrices principales : Sara Forestier (Axelle, mère dépassée, en plein divorce, qui se retrouve à héberger sa propre mère), Noémie Lvovsky (Dominique, "maman" dans le milieu de la prostitution, mais pas maquerelle) et Annabelle Lengronne (Conso, jeune femme aux rêves de prince charmant). Et autant le dire : elles sont excellentes dans ce film.

Le choix pris de ne rien expliquer lourdement et de nous laisser comprendre les situations est malin mais aussi casse gueule. J'ai adoré ce procédé qui nous plonge dans leurs vies sans nous obliger à poser autre chose que notre regard, avec nos préjugés et nos interprétations. C'est ce qui est souvent reproché à ce film et c'est le mal du moment pour moi. A force de voir des séries qui prennent le temps de poser un personnage sur 12 épisode, il semble qu'une grande majorité des spectateurs aient perdus l'habitude de faire fonctionner leur imagination et leur sens de la déduction devant un film de moins de 2 heures.

Le scénario n'est pas des plus complexes, mais c'est pour mieux poser l'aspect politique du film. Son féminisme, son envie de rappeler que les classes existent toujours et que les femmes morflent encore plus que les hommes, sa colère sombre contre ces lois qui montrent du doigt plus les prostituées que le système prostitutionnel. Au fond, un film sur l'entraide qui se met en place quand on n'a plus rien, quand d'un coup le monde en face se brise et nous broie un peu plus chaque jour.

Personnellement, j'ai adoré ce film, pour sa froideur, sa noirceur par moment, sa misogynie dépeinte sans prendre de gants. Mais aussi, et surtout en fait, pour ces moments de grâce et de joie, d'amour sincère entre ses trois héroïnes et surtout son optimisme "malgré tout". La scène finale est d'ailleurs géniale pour résumer cette vie qui avance même avec un boulet au pied.

A voir donc, pour confronter le réel à la fiction, la fiction au réel, et sortir de la salle en se remettant en question ou en souhaitant changer le monde. Voire les deux.

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