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Fish Tank par Ferdinand

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Le film débute sur cette image: une jeune fille d'environ 15 ans, en survêtement de coton et créoles aux oreilles, les cheveux savamment tirés en queue de cheval, fixe droit devant elle, légèrement haletante. En face d'elle, une fenêtre ouverte donne à voir des HLM, des places de parking, des voitures, des cris d'enfants, des carrés de gazon ensoleillés. Pas de musique, un générique très bref : on plonge directement dans l'univers de Mia. Et ce qu'on apprend très vite, c'est qu'avec Mia, faut pas déconner : elle te cherche, elle te trouve, et tu repars avec un coup de boule dans la face.

Si les cours de psychologie dispensés par l'industrie des séries et du film (et Freud) nous ont appris un truc, c'est que pour localiser la source du mal chez un individu socialement inadapté, il faut chercher du côté familial. Une petite soeur qui jure comme un charretier et une mère alcoolique qui passe ses journées à danser, faire la fête et tringler des moustachus offrent effectivement une explication. Ajoutez à cela les hormones de l'adolescence, ça donne un mélange explosif - voire parfois carrément dérangé. Seul exutoire dans cet univers pourri de banlieue : s'enfermer dans une pièce et laisser sortir la rage par la danse. Bon je parle comme une assistante sociale, et je ne rends pas justice au film, qui dépeint tout cet univers dans une ambiance très juste, discrète, silencieuse et placide, sans aucun misérabilisme. La mise en scène est presque invisible, ce qui rend le film d'autant plus prenant.

Malgré certains moments complètement WTF où on frise le drame de faits divers, le film est porté par un casting brillant ; Arnold s'avère très douée pour choisir de filmer à des moments où la lumière du jour permet de sublimer des scènes a priori presque banales, un trajet en voiture, une jeune fille qui danse entre chien et loup, un disque qui tourne pendant que le jour se lève. On pourrait croire qu'il ne se passe rien, et pourtant il se passe énormément de choses, au fur et à mesure que le film avance et que la tension monte.

J'en retiens des ambiances de dimanche après-midi, une banlieue où le temps s'étire sous le soleil de l'été, une atmosphère familière et lointaine à la fois, et une jeune actrice très douée.

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