Avis sur

Forrest Gump

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Forrest Gump est un long flash-back.

Le personnage éponyme, un débile mental (disons les choses clairement, de toute façon ce n'est même pas un personnage sympathique), est assis sur un banc et raconte à qui veut l'entendre (pas moi !) l'histoire de sa vie bien remplie, de sa naissance à nos jours ; petite histoire qui va traverser et croiser la grande histoire des États-Unis de la deuxième moitié du vingtième siècle. Dès les premiers instants, c'est l'agacement qui prévaut : diction insupportable de Tom Hanks, qui s'est apparemment beaucoup entraîné pour jouer le benêt de service, voix-off lénifiante et collection de phrases stupides censées illustrer le bon sens et le bon cœur du personnage (la fameuse réplique sur la boîte de chocolat). On comprend vite que le scénario soutiendra cette thèse biblique bien connue : « Heureux les simples d'esprit »... Enfin, scénario, si l'on peut dire, car le film n'est en réalité qu'une succession de séquences artificiellement reliées les unes aux autres. Le semblant de souffle romanesque qui se fait parfois jour retombe immédiatement dès lors que l'on revient à Forrest, sur son banc, qui continue son récit linéaire. J'ai du mal à voir quel plaisir narratif on peut tirer de cette succession de vignettes creuses, ringardes et inutiles illustrant une vie absolument pas crédible et, surtout, ne suscitant aucun attachement.

L'une des idées du scénario d'Eric Roth est que Forrest était présent lors de plusieurs grands événements de l'histoire américaine ; il rencontre quatre présidents différents, ainsi qu'Elvis Presley et John Lennon. Pour rendre crédible ces éléments de l'intrigue, le corps de Tom Hanks est régulièrement « incrusté » dans des scènes de télévision d'époque. Le montage en lui-même est plutôt bien réalisé (dans l'ensemble, la maîtrise technique du film est correcte). Cependant, non seulement les imitations vocales des personnages historiques sont à chaque fois très mauvaises, mais en plus ces scènes oublient d'être drôles, charmantes ou originales. Les interférences de l'histoire personnelle de Forrest avec l'histoire qu'elle soit culturelle ou politique sont d'une débilité achevée. Exemples, c'est lui qui a inventé les pas de danse d'Elvis ainsi que le smiley (!), et qui a inspiré à Lennon les paroles d'Imagine. C'est censé être drôle ? Pire encore, Forrest Gump présente une vision simpliste et biaisée de l'histoire américaine (pas une seconde la guerre du Viet Nam n'est condamnée, par contre les hippies passent pour de sales cons...).

Si j'ai bien saisi la morale parfaitement subtile du film, pour réussir sa vie, il faut être un peu bête mais gentil, écouter sa maman, suivre les ordres et fermer sa gueule, bien travailler, devenir un héros de la patrie dans toutes les disciplines possibles etc. En contraste, le personnage de Jenny, la fille dont Forrest est amoureux, est sans cesse condamné pour ses choix de vie : sa jeunesse de chanteuse folk puis de hippie révolutionnaire et libérée la mène à sa perte ; et puis, parce qu'il faut bien qu'elle soit punie, elle meurt du sida à la fin (la maladie des débauchés, c'est bien connu). Non sans avoir auparavant expié ses péchés en devenant une gentille femme au foyer. Le bon cœur, la docilité, le mérite, c'est bien. L'intelligence, la révolte, le désir, c'est maaal ! (...) Dans toutes les séquences des années 60, les hippies sont présentés comme violents, et le comportement de Forrest - qui tabasse quiconque touche à sa nana - comme exemplaire. Cherchez l'erreur. Ce serait insulter l'Amérique que de dire que ce film est très américain. Il est juste très bête, sans doute réac, en tout cas d'une mièvrerie absolue et trop sûr de ses propres idées pour s'ouvrir ne serait-ce qu'un peu à la vie.

Apologie abrutissante et antipathique de la bêtise (ou de la prétendue sagesse des simples d'esprit, c'est la même chose), Forrest Gump est également d'une lourdeur sans nom. Un exemple parmi d'autres avec la bande originale, qui reste le point fort du film malgré tout : elle n'est composée que de classiques absolus du rock sixties et seventies. Cependant, le fait qu'il ne s'agisse que de tubes archi connus est déjà un peu appuyé en soit, mais en plus l'utilisation de ses chansons est franchement pénible. À chaque fois, la chanson en question redouble le propos de la scène qu'elle accompagne et l'alourdit inutilement : quand Forrest part à San Francisco, on entend Scott McKenzie chanter « If you're going to San Francisco... », au Vietnam c'est For what it's worth de Buffalo Springfield, lorsque Jenny quitte son squat les Doors chantent « don't you love her as she's walking out the door » (Love her madly), quand Forrest court sans s'arrêter pendant des mois (séquence d'une inutilité hallucinante), c'est Running on empty de Jackson Browne... Une ou deux fois dans le film passent, mais quinze fois !

Quant à Tom Hanks, son interprétation taillée pour les Oscars (pensons à l'imparable théorie de Kirk Lazarus dans Tonnerre sous les tropiques) monolithique et forcée m'a agacée tout du long. Une « performance » qui consiste à jouer les débiles mentaux en affichant un air absent et en se tordant la bouche pour parler. À ce jeu là, Dustin Hoffman dans Rain man était beaucoup plus subtile et convaincant. Réaliser que ce film a obtenu l'Oscar en 1995 au nez et à la barbe de Pulp fiction, Quatre mariages et un enterrement et Les évadés (film que je trouve surestimé aussi, mais qui à côté du Zemeckis est un chef d'œuvre de subtilité et d'ambigüité) ne manque pas de me laisser pour le moins perplexe. Penser qu'il est l'œuvre d'un cinéaste à l'imagination généralement débordante qui se fait ici avoir par les pièges les plus crétins de la démagogie et la niaiserie, est une idée encore plus déplaisante. Je suppose qu'il y a des choses que je ne comprendrai jamais...

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