La Corée et ses divisions

Avis sur Frères de sang

Avatar Matt Jagger
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Ma découverte progressive du cinéma coréen, initiée par la fameuse trilogie de la vengeance de Park Chan-Wook, m'amène à découvrir quelques perles rares peu connue de par nos contrées.
Frères de Sang propose déjà un pitsch attrayant pour un occidental comme moi, puisque le conflit coréen faisant office de cadre n'apparaît que très rarement dans nos salles obscures. Une guerre pourtant capitale et ô combien meurtrière, qui fit tout de même près de 1 million de morts, et qui marqua surtout un tournant décisif dans l'après Seconde Guerre Mondiale et dans les relations Est-Ouest. Rappelons qu'américains et soviétiques s'y affrontèrent frontalement (pas officiellement bien sur) lors de certaines escarmouches aériennes, et que la Chine y intervint massivement (mais,bien entendu, toujours de manière non officielle*). Même quelques une de nos compatriotes y combattirent, sous égide onusienne.

Inutile de souligner d'emblée que, cinéma coréen oblige, le film est ultra violent et crû, n'hésitant pas à montrer à l'écran démembrements en pagaille, explosion de corps en tout sens et autres projections d'hémoglobines appétissantes. Vous êtes prévenus.

Le problème de beaucoup de film de guerre ne s'en sortant pas trop mal sur le plan des scènes d'affrontement, c'est que le reste n'est pas à la hauteur. C'est ce que je me suis dit lors de la première partie du film, qui demeure très classique et je dois dire un peu décevante, surtout au regard d'une seconde partie que j'ai trouvé excellente et bien plus intéressante sur le plan des deux personnages principaux.

Le début est assez plat, avec une présentation des protagonistes franchement raté sentant l"eau de rose à plein nez, saupoudré de "nos vies étaient tellement belles avant la guerre". Pour faire court, c'est comme si le début de Il faut sauver le soldat Ryan commençait avec la scène du flashback que raconte Ryan (Matt Damon) à Tom Hanks, avec les souvenirs de ses frères avant le départ pour la guerre. Bon, vous voyez un peu l'erreur que cela aurait été, nous privant en prime d'un des instants les plus touchant du film ? Et bien Frère de Sang tombe dans le panneau. Nous avons donc 15 premières minutes ennuyeuses et convenues.
Seul le moment de l'enrôlement vaut le coup, puisqu'il permet plus tard au film de montrer que, de part et d'autre des deux Corées, on forçait le recrutement (et oui, pas que chez les rouges).

La première scène de bataille permet néanmoins en outre de nous rassurer sur les qualités cinématographiques du film : il y a du rythme, ça reste lisible et l'ensemble tient largement la route. et même plus. Enfaite, c'est une vrai claque. Si les corps à corps sont peut-être un poil trop longs, je n'ai jamais vu autant la brutalité des combats de ce type dans une guerre moderne aussi bien traduite à l'écran. Tout ça dans un décor infernal baigné de flamme... Pfiouuuu.

Bon, c'est donc impressionnant, mais concernant l'histoire, cette première heure est ultra classique et banale. La énième histoire du grand frère qui veut protéger le petit, avec la femme qui attend à la maison avec la mère malade et les enfants, bon...
MAIS, heureusement, à la fin des premiers combats, le film s'emballe et se dote enfin du récit digne de sa réalisation. D'une part, on commence à ne plus vraiment comprendre le comportement du grand frère : veut-il réellement permettre à son frère de se faire démobiliser par le biais de ses actes héroïques, ou cherche t-il la renommée et les honneurs de la médaille ? Et puis on enchaîne des situations difficiles d'exactions, très réussies visuellement,notamment une fois l'hiver arrivé.
On comprend finalement que le titre du film fait plus référence à une métaphore du combat entre les deux Corées qu'à la relation entre les deux frères. Le gâchis total découlant de ce véritable bain de sang, à mettre en relief avec la mort de Lee Jin, est finalement le thème central du film. On cerne en revanche bien les origines de la haine mutuelle encore présentes aujourd'hui dans la séparation de la Péninsule : une haine issue... et bien du conflit. S'il n'y avait pas, à l'origine, de raisons de se haïr entre nordistes et sudistes, la guerre en a donnée quantités. Comme le soulignait l'un des compagnons de nos deux héros, autant il comprenait la guerre contre l'occupant japonais,autant la logique de se battre entre coréens lui échappait.

Du très bon donc, excepté pour ces débuts un peu poussifs. A voir pour tout amateur du genre (évidemment), et pour tous ceux s'intéressant de près ou de loin à la Guerre de Corée.

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