今夜、私はFATHER CHRISTMAS

Avis sur Furyo

Avatar H0lycheat
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Ce chef-d’œuvre m'est apparu pour la première fois en 2003, j'ai goûté un extrait du film et de la musique dans l'adaptation du roman de Nothomb « Stupeur et tremblements », que je regardais tout seul comme un con en plein après-midi, alors que tous mes potes clopaient ou brûlaient des poubelles. Dix secondes ? Un peu plus peut-être ? Assez pour me donner les frissons : musique, acteurs, charisme, poésie complexe. J'en voulais. Le lien entre les films, j'allais m'en rendre compte quelques temps plus tard.
Furyo est inspiré d'une histoire vécue, tirée de deux romans autobiographiques de Laurens van der Post, le Mr Lawrence du titre donc. Je ne sais pas la part de vérité et de fiction qu'il peut y avoir, que ce soit dans les livres ou dans l'adaptation, en tout cas, je reste aujourd'hui encore confus et, sincèrement, je ne saurais pas vraiment dire quels sont les thèmes abordés de prime abord. Le film, beau donc bizarre, n'est pas fait pour être passivement regardé. Cela peut sembler d'une évidence absurde, et tout film je pense, peut prétendre à de multiples lectures. Seulement, fait-il bon de pousser le bouchon pour Furyo ?

La beauté du film se cache derrière une fausse complexité, à mon avis. On peut lui reprocher déjà son rythme. Un peu longuet, peut-être. En ce qui me concerne, le tempo est tout à fait justifié, après tout on ne sort pas de prison en commentant : '' sympa mais un peu plat et certaines longueurs m'ont fait décrocher... '' De nombreuses scènes m'ont paru dispensables ; pourtant, elles ne font qu'illustrer LA lutte. Intérieure, entre deux camps, deux cœurs, etc etc... Bowie incarne ici à la perfection (un peu trop peut-être) une dualité fataliste qu'on peut décalquer sur d'autres éléments du film.
Pas féru d'histoire pour un sou, j'ai quand même eu la « chance » d'étudier un fragment de l'Histoire concernant entre autres les Pays-bas, le Japon, et leurs présences à Java (alors colonie néerlandaise). Le contexte, bien qu'en toile de fond, est relativement nécessaire pour faciliter la compassion avec les hommes du camp de prisonniers. Ce qui semble complexe, toujours selon mon analyse, c'est peut-être la relation que peuvent avoir certains personnages (Hara et Lawrence l'illustrent parfaitement). Je ne suis pas un spécialiste des comportements politiques en temps de guerre ; je sais néanmoins qu'à de nombreuses reprises, le Japon a utilisé le personnel ennemi pour soutirer des informations mais aussi pour apprendre et assimiler une culture, d'où cette espèce d’ambiguïté globale et cette ambiance tendue tout le long du film.

Comme je ne suis pas, non plus, spécialiste de cinéma, je ne suis peut-être pas le plus légitime pour critiquer tous les aspects de mise en scène ou les choix d'interprétation. Par contre certaines choses me parlent. J'avoue qu'à l'époque, je brûlais de voir ce film à cause de David Bowie et les musiques me conditionnaient déjà avant le visionnage. Contrairement à mes attentes, le thin white duke ne m'a pas déçu et je l'ai trouvé relativement sobre et juste (compte tenu de la période artistiquement floue, et pas l'inverse, qu'il traversait). Il donne, par son charisme incomparable, une force pure, brute, naïvement héroïque à Jack Celliers. En ce qui concerne son personnage en soi, il n'y a pas grand chose à dire ; culpabilité lavée par la rédemption, le rachat de l'âme, jusqu'au sacrifice messianique. Il est ce qui dort quelque part en nous, qui ne demande qu'à être réveillé. Pour être plus juste et en relation avec l'intrigue, c'est une graine, oui. C'est d'ailleurs assez explicité pendant la scène finale.

La lutte, la bataille, la guerre, etc etc... tout cela ne serait pas, plutôt, un support, qui permettrait de poser concrètement d'autre sujets, plus sournoisement sujets à discorde ? Outre les clichés : prisonniers qui se serrent les cou-des, matons qui profitent et abusent, dominant/dominé, vainqueur/vaincu, transition historique, amitié... qui sont discutables et discutés, avec plus ou moins d'effort, il en ressort ce sujet prédominant... Beh oui, comme tout le monde ou presque, qu'on tolère ou qu'on en soit dégoûté, on ne peut pas passer à côté du petit jeu crypto-gay – amer, comme mot – entre Yonoi et Celliers (Sakamoto et Bowie) et là, bien que pour moi ce ne soit pas ce qui constitue un début de base de force du film, il y a malheureusement trop matière à dire. Quitte à éclipser tout le reste ou presque. Mais force est de constater que, là aussi, Bowie est plus qu'adéquat. J'ai adoré, envié cette relation ultra respectueuse, timide, touchante. D'une manière générale, les acteurs (principaux) m'ont convaincu, mais Sakamoto parvient à sublimer ce complexe interdit, avec tellement d'émotion que l'on vit avec lui les explosions de son personnage. Alors, lorsque la graine est plantée (non, pas d'interprétation dégueulasse ^^'), instant certainement le plus intense et chargé du film, on finit par se sentir libéré. Cohérent, non ? Un peu simpliste, peut-être comme raisonnement. Mais le piège (j'en vois partout, c'est plus fort que moi) n'est pas de la faute d'Oshima (ah ? :D) ni des acteurs, ni du montage, mais bien des interprétations du spectateur qui cherche la petite bête. Il y a beaucoup de choses à saisir, mine de rien, ne serait-ce que les ambiguïtés des personnages : entre eux, dans leur tête, par rapport à leur nation, par rapport à la nation ennemi, par rapport à la hiérarchie... Et la passion dans tout cela se brutalise, forme une pulsion violatrice des droits de l'esprit et du corps que seul le respect supplante, grâce à cette petite graine (supplante/graine, lauréat du jeu de mot 1987).
Ainsi ce qui m'a le plus touché, au delà du bien-fondé et de l'acceptable forcé, c'est l'humanité que renferme chacun, vis-à-vis de soi-même et des autres. En ces temps de crise... Takeshi Kitano boulversant, Ryuichi Sakamoto émouvant, Tom Conti la classe avec modération et Bowie David.

La rotation des rôles, prisonnier/homme libre, renverse un peu les analyses précoces qui nous viennent ça et là. Celliers, par exemple, libre et populaire, tout de même captif de ses remords ; il lui faudra subir la geôle pour se libérer de ses fantômes, quitte à payer le prix fort, le privant de vie, le sauvant de l'agonie sans cœur. Alors, si l'on transpose, on rentre dans une pseudo-psychologie qui finit par nous ronger les sangs. Et pour lui ? Et à une échelle plus grande, ou à une plus intime ? On en revient toujours à une spirale frustrante. Pourtant, j'ai beau apprécier la poésie pour ce qu'elle est avant tout, je ne peux pas m'empêcher de me questionner sur tous les sens d'une notion. L'homosexualité, par exemple, telle qu'elle est présentée dans ce film, ne serait-elle pas l'image de quelque chose d'autre, un symbole, justement, de la différence entre deux codes, deux peuples ? Le côté répulsif et le côté outrancier. Fermer les yeux sur son cœur pour la cause ; laisser parler son cœur pour la cause. Au milieu de cela, un capharnaüm où végètent abus, faux-semblants, et la mort.

J'ai conscience du peu de clarté de cette critique, mais l'essentiel de mon avis est là, cafouillis de toutes les émotions qui m'assaillent rien qu'à l'évocation du titre. Alors j'en termine avec mon semblant d'objectivité et j'affirme, je clame, je déclame que ce film est un joyau. C'est une expérience forte, déchirante, puissante de sens. Poétique à souhait, il est un peu comme un haïku, paradoxe aux milles sens, enivrant et maintenant je vais arrêter, j'ai les musiques qui tournent en boucle dans ma tête et tellement de frissons que je me pose de sérieuses questions sur ma virilité supposée.

Je passe sur beaucoup de choses intentionnellement, au vu de la peine que j'ai à organiser mon développement. Juste un petit mot sur les musiques : si certaines sont cultissimes et magnifiques au possibles (le thème principal chanté par David Sylvian), d'autres constituent des pièces de choix question ambiance ; aucun travail n'a été bâclé et pour un B.O originale des années 80, que dire de plus ? Bon, c'est pas n'importe qui aux commandes mais quand même, merci :

https://www.youtube.com/watch?v=4dv79DIUJMs (ce n'est pas Mr Orzabal qui me contredira)

https://www.youtube.com/watch?v=ZVxuv9ne32U (faut pas pleurer, ça sert à rien)

https://www.youtube.com/watch?v=LGs_vGt0MY8

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