06-03-18 Five feet Two

Avis sur Gaga: Five Foot Two

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Au moment de visionner Five feet two, le documentaire coproduit par Netflix et la chanteuse Lady Gaga sur elle-même, hasard de mon calendrier cinéphile, je viens juste de voir le film coréen A special Lady, à propos duquel j'écrivais tout juste précédemment que, à défaut de faire disparaître son héroïne du cadre pour la rendre insaisissable, le metteur-en-scène préférait la recouvrir jusqu'à l’excès de vêtements tous plus extravagant les uns que les autres, transformant alors la comédienne en double fictionnesque de la chanteuse pop américaine.
Juste retour de situation: Five feet two se propose, à l'instar de A special Lady, sur le mode du portrait, tentant de nous convaincre qu'enfin, ça y est, nous allons pouvoir découvrir qui se cache réellement derrière cette garde-robe extra-terrestre, faîte entre autre de robe en viande et de chapeau en forme de combiné téléphonique des années cinquante.
Surprise: le sujet est aussi superficiel que sa forme. Lady Gaga clame qu'elle veut être reconnue pour autre chose que ses attribues sexuelles mais ne cesse de les utiliser pour provoquer l'admiration ou le malaise, comme cette scène par exemple au bord de la piscine où elle décide soudainement de se mettre topless en prévenant oralement ses interlocuteurs que c'est comme ça qu'elle se sent le mieux. Au oui, au passage: vous en connaissez beaucoup, vous, des rendez-vous d'affaires qui ont lieu au bord de la piscine (olympique), allongé sur des transats, un verre de martini à la main. Rendez-vous "artistique" certains préciseront, mais il ne fait pourtant aucun doute que l'interlocutrice (nommé promptement "directrice"+l'adjectif qui vous plaira à l'écran) est là pour se vendre, vendre son discours (un discours qui ira parfaitement dans le sens de celui de la chanteuse) et surtout vendre les intérêts de son cabinet, de la boîte qu'elle vient représenter, etc....
On se croirait en pleine fiction abominable, du type de celle que l'on a pu découvrir dans la série Californication où l'envers du décors qui sert de toile de fond au Trust me de Clark Gregg: un Hollywood aussi glamour que glaçant, aussi puissant que perverti. Il suffit de voir cette séquence où la chanteuse fait écouter la maquette de son nouvel album à un journaliste du New York Time pour se rendre compte des conventions qui réjouisse se monde: accolade généreuse, frottement des mains dans le dos, petits mots touchant, réconfort gratos et bienveillance choisie alors que ni l'un ni l'autre ne se connaissent. Il faudra d'ailleurs se souvenir de la façon dont le journaliste est annoncé, juste avant, en coulisse pour se convaincre de la supercherie consentie par l'ensemble de ce milieu.
C'est un documentaire à la fabrication pernicieuse: ils nous vend l'envers du décors, les coulisse du spectacle comme un spectacle lui-même. Le film part du constat suivant: Lady Gaga est une icône. Il promet d'humaniser cette icône en montrant toute sa vulnérabilité (de femme, d'enfant, d'être vivant cassé par la vie et les blessures, d'artiste, etc...) avec, à chaque fois, une démonstration plutôt gênante.
Madonna a dit des choses méchantes sur moi? Regardes comme moi je suis honnête.
Les gens me trouvent superficielle? Regardes ma grand-mère commme elle a su rester simple.
Je souffre d'une pathologie grave? Regardes que ce qui me touche le plus c'est que les gens téléchargent illégalement mon album pendant une intervention médicale...
Une fan lambda gagne un concours pour me rencontrer et c'est moi qui pleur de la trouver si belle...
Et c'est comme ça tout le temps, jusqu'au bout. On se pose souvent la question de la place de la caméra à tel ou tel moment, commet c'est possible que la star soit filmée de si prêt, pendant si longtemps.
Les nombreux moments avec sa famille en deviennent gênant, le montage essayant au maximum de dissimuler le réactions des proches à la présence de la caméra en hors-champs, comme pour effacer le malaise, le réalisme, la vérité en sommes.
Que l'on ne s'y trompe pas: Five feet two n'est pas un document extérieur à son sujet, un regard porté par autrui, mais un véritable uinstrument de propagande pour l'artiste elle-même, s'enfermant un peu plus dans sa bulle magique, hollywoodienne, dont chaque référence à "ses fans" est contextualisée, orientée. Five feet two est un pur produit dérivé Lady Gaga, comme un livre hagiographique pour un public illetré; un pur objet de merchandising comme une tasse de café starbuck à l'éffigie du dernier album.
Il y a bien deux ou trois intervention musicale (on les oublierait presque) pour se rendre que compte que, si l'on en doutait, la jeune femme a vraiment du talent. Difficile d'imaginer Mark Ronson aussi présent si ce n'était pas le cas.
A l'image de sa garde-robe, la voix de Lady gaga est recouverte d'épaisse couche de compression sonore, de déformation, de reformations du timbre qui laissait croire qu'elle n'avait pas besoin de savoir chanter pour réaliser une chanson. Avec Mark Ronson, cela semble changer, revenir vers des choses simples. A un moment du film, il y a bien cette version acoustique, "boîte à jazz" de Bad romance qui semble déshabiller le mythe. Mais c'était loin d'être prophétique.
Que se cache-t-il donc derrière ce poker face: pas grand-chose. Vous pouvez risquer votre mise sur un coup de tête mais rappelez-vous qu'en face de vous, la joueuse est aussi la banque.

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