Ces drôles d’animaux que sont les humains...

Avis sur Gaspard va au mariage

Avatar Anne Schneider
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Une rencontre fortuite... Un jeune prince un peu lunaire (Félix Moati) éveille une belle inconnue (Laetitia Dosch) et fait dévier les rails d’une existence qui ne demande qu’à être déroutée... Et voilà le film embarqué.

« Gaspard va au mariage »... Oui, mais lequel ? Celui que son père Max (Johan Heldenbergh, toujours magnifique mais ici flamboyant) doit contracter avec Peggy (Marina Foïs), soigneuse dans le zoo dirigé par son futur époux ? Raison pour laquelle le jeune prince Gaspard avait besoin d’une princesse de fortune, dont Laura a consenti à endosser le rôle, provisoirement et contre rétribution journalière... Celui que Gaspard pourrait nouer avec elle, le mariage paternel battant de l’aile et risquant de ne pas se faire ? Histoire de rentabiliser la fête prévue, les invités convoqués...

Comme dans tout conte, il n’est pas simple d’entrer dans la demeure du roi, de découvrir sa famille, les mauvaises fées, si jolies soient-elles, qui vivent là... D’abord sur le ton léger d’une comédie résolument fantaisiste, Antony Cordier entraîne le spectateur sur les pas de la nouvelle venue, Laura, qui, au cœur du zoo, dans une demeure architecturalement inclassable, découvre peu à peu, entre excitation et effarement, les étranges animaux humains qui évoluent parmi les bêtes à poil dont ils sont censés prendre soin. Quand ils ne sont pas eux-mêmes recouverts d’une peau de bête, comme la sœur de Gaspard, Coline (envoûtante Christa Théret), qui vit en ourse et se fie avant tout à son flair pour appréhender tout ce qui vient à elle... Ou tout ce qui risquerait de lui prendre son frère...

Car à partir du moment, très vite arrivé, où les personnages ont rejoint le zoo paternel, ils ne quittent plus guère cette planète, presque hors-temps, hors-géographie, et sur laquelle souffle un constant vent de folie... Comme un micro-climat belge... Amené par la seule présence du maître des lieux et de sa Flandre d’origine ? Il faut voir le roi des animaux, Max, soignant l’eczéma que lui donne l’approche du mariage en s’immergeant tout entier dans un immense aquarium où de minuscules poissons-suceurs viennent le délivrer de ses peaux mortes... On admire l’engagement de l’acteur, l’abandon si peu regardant de son entière personne à la caméra... et aux mille petites bouches...

Découpé en quatre chapitres (« La petite amie imaginaire. L’homme d’une seule femme. Celle qui mange des racines. Épilogue »), qui permettent que glisse l’éclairage sur chacune des figures principales, la comédie sombre peu à peu et se leste de tristesse, de renoncement, à commencer par celui qui va devoir viser le zoo, rattrapé par les difficultés financières dans lesquelles il se débat. On retrouve le visage du conte, sa part d’initiation, de cheminement vers l’âge adulte, donc de perte. Perte d’un âge d’or, fût-il incestueux, comme dans « Peau d’âne », perte d’un Éden où l’animal humain n’était pas si différent de l’animal quadrupède, avec lequel il vivait en bonne intelligence.

Mais perte sans laquelle ne peuvent s’envisager le dégagement de l’individu et son arrachement à la famille, permettant d’aboutir à cette superbe phrase, énoncée en voix off en guise de conclusion : «Le plus difficile dans la vie, c’est d’arriver à trouver quelqu’un qu’on aime plus que sa famille ».

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