Sauvez Will/Lee !

Avis sur Gemini Man

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Henry Brogan raccroche et rien ne pourra faire changer d’avis le plus grand sniper de la DIA (CIA avec un D., pas les magasins). Et surtout pas sa dernière mission où il a manqué de peu de tuer une fillette innocente (donc américaine) qui a eu le culot typique de cette génération Z de se mettre juste devant sa méchante cible patibulaire (donc russe).
Mais c’était sans compter la fourberie de la plus grande agence américaine de renseignements, prête à tout pour effacer toutes les personnes ayant eu vent des agissements de ladite cible, y compris à envoyer à Henry Brogan Henry Brogan (d’où le titre, Gemini Man, habile)

Ô toi grand amateur des cinématiques de Grand Theft Auto et nostalgique de la saga Universal Soldier, réjouis-toi de la sortie de ce film. Armé de tes lunettes 3D et de ton rince-doigt ad hoc, tu vas pouvoir te délecter de cette course-poursuite en motocross dans les rues colombiennes et colorées de Carthagène. Car tout est fait, dans le dernier film d’Ang Lee, pour projeter le spectateur au coeur d’un jeu du chat et de la souris entre Will Smith au carré et ses cascades à couper le souffle. Hélas, ce que les scènes d’action gagnent en rythme, elles le perdent en naturel à force d’abuser des images de synthèse qui donnent l’impression de regarder - de surcroît lors des meilleurs moments - les séquences animées d’un jeu vidéo de moyenne facture.

Même constat pour le de-aging process qui ne convainc toujours pas malgré une poignée de tentatives probantes chez Marvel. Le maquillage eut été sans conteste l’option gagnante. D’autant plus qu’on essaie ici de rajeunir numériquement l’un des rares acteurs à Hollywood dont le peu de rides laisse toujours penser que le principe actif du Botox contient une partie de son ADN. C’est un fait : Will Smith (qui cachetonne ici sans y croire) ne vieillit pas.
Par conséquent, tenter de le rajeunir revient à lui rendre une apparence qu’il n’a jamais eue, hors du temps. Au sens strict du terme, c’est réussi. Mais le tour de force se révèle surréaliste parce que ostensiblement artificiel. Surtout en plein jour où la réunion de l'agent et de sa version jeune et upgradée semble faire cohabiter maladroitement 7e et 10e art.

Merci tout de même à Ang Lee d’avoir gentiment repris les reines de l’agence Thomas Cook tant il nous fait voyager – à la manière d’un film d’espionnage – d’un continent à un autre dans des villes-arènes où les confrontations des Henry Brogans sont de bien meilleurs VRP des lieux visités que leurs offices de tourisme. Des marais du sud des États-Unis, jusqu’aux catacombes de Budapest, le récit a des allures de photographie documentaire à mettre au crédit du citoyen du monde et réalisateur de Brokeback Mountain et de Tigres et Dragons.

Sans surprise et à l’image des films de SF des années 90 qu’il recycle allègrement, le plus gros reproche réside dans son traitement bien trop timide de la question ontologique, morale et éthique. Qu’est-ce qui nous définit en tant qu’être ? Faut-il voir une filiation dans une réplique de soi ? Peut-on justifier l’envoi des super soldats clonés et déshumanisés à la guerre plutôt que des pères de familles imparfaits et vulnérables ?
Autant de thèmes balayés à coup d’artillerie lourde, elle aussi lourdement clonée à chaque scène.

Enfin, perdu au milieu de ce ratage, Benedict Wong baguenaude comme le favori du prochain Oscar du meilleur faire-valoir.
Et tout Wong qu’il est - pourtant capable des plus grands tours de passe-passe dans Doctor Strange - il ne parvient pourtant pas à nous rallier à un scénario qui, à sa décharge, est fidèle à son propos. Une copie, c’est bien mais c’est toujours moins bien que l’original.

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