Méfiez vous de l'ogre et de la sorcière dans un camion à bonbons

Avis sur Ghostland

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Pauline et ses 2 filles, Vera et Beth, arrivent dans une petite ville dans laquelle elles ont hérité d'une maison. A peine arrivées, elles se font agresser sauvagement par 2 individus. Pauline vient à bout des agresseurs mais ses 2 filles sont traumatisées, surtout Vera qui a été violée. 15 ans plus tard, Vera appelle Beth à l'aide.

Ghostland est un film d'horreur de Pascal Laugier (Martyrs, The secret...) sorti en 2018. Le film a reçu le grand prix du festival de Gerardmer en 2018.
Ghostland est un film à mi chemin entre l'univers de Rob Zombie et celui d'Alexandre Aja (Haute tension, la colline a des yeux 2007), ce qui est déjà un compliment en soi. Laugier emprunte au premier la morbidité déviante de l'intrigue et au second la violence et la rage sans concessions. On ressent également à travers cet univers de poupées, de chiffons et de jeunes filles broyées l'influence des contes des frères Grimm ou d'Alice au pays des merveilles de Lewis Caroll. Dans le même temps, le film constitue un hommage appuyé à l'écrivain H.P Lovecraft, maître de la littérature horrifique, un exemple pour Beth qui veut devenir écrivain.

Mise en abyme psychologique et émotionnelle

Laugier imprime une "french touch" onirique, psychologique et émotionnelle à l'ensemble, inscrivant l'intrigue dans un contexte de passage à l'âge adulte des 2 adolescentes alors qu'elles vont subir des outrages et des violences qu'elles n'auraient jamais du subir, le tout étant symbolisé, la même nuit, par le viol de l'ainée et l'arrivée des règles de la cadette.

Le réalisateur a l'idée de "broder" la vie future de Vera et de Beth, la première restant traumatisée par le drame tandis que la deuxième trouve un exutoire dans l'écriture et devient une auteure de livres horrifiques à succès.

Radicalité

Pascal Laugier va assez loin dans la radicalité, montrant crûment la violence et la peur qui s'expriment chez les adolescentes maltraitées, réduites à l'état de poupées de chair portant des ecchymoses multiples tandis que l'une d'entre elles ne parvient plus à contrôler ses flux urinaires. L'ambiance du film est d'ailleurs assez étrange entre la violence des hommes et le cadre figé et enfantin de la maison de poupées, ancienne demeure de la tante de Pauline.

Dans le panthéon plutôt moyen du cinéma de genre français, Ghostland est un film d'horreur plutôt pas mal.
Intelligemment, Laugier a prévu une sortie internationale du film tourné en langue anglaise, ce qui favorisera son exportation.

L'histoire se déroule aux Etats Unis, l'endroit idéal pour mettre en scène une histoire de "serial killers" car, là bas plus qu'ailleurs, personne ne vous entend crier dans les grands espaces et la société américaine, chroniquement violente, comprend en moyenne le plus grand nombre de "serial killers".

On ne réalise pas un bon film d'horreur sans tueurs réussis. Ici, on se trouve face à 2 marginaux multi récidivistes. Le premier, bâti comme une armoire à glace, est chauve et a un "bec de lièvre". Il lui "manque une case", ce qui ne l'empêche pas d'avoir très envie d'abuser des filles qui croisent sa route, même quand elles ne sont pas d'accord...tout en aimant jouer avec un chalumeau.
Le second, tout aussi violent et peu loquace, est un travesti, sorte de croisement hybride entre Marylin Manson et Stiv Bator (le chanteur aujourd'hui disparu des Lords of the New Church).

Du point de vue du casting, il y a un "appel d'air" créé par la présence de Mylène Farmer avec laquelle le réalisateur avait déjà travaillé pour un clip. L'artiste n'apporte pourtant pas grand chose au film, son rôle étant assez bref et ses expressions assez neutres, la chirurgie esthétique même parfaitement exécutée ayant transformée les lignes de son visage en traits figés de poupée.

Au final, Ghostland est un film d'horreur plutôt réussi. Il évite selon moi les écueils des films précédents de Laugier, à coté du sujet (The secret) ou hors sol (Martyrs) dont la prétention, le gore à outrance et l'absence de cadre conflictuel avaient clivé le public.

La perversion du métrage justifie cependant qu'il soit diffusé à un public averti.

Ma note: 7/10

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