Les poupées du martyr

Avis sur Ghostland

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« Saint Ange », « Martyrs » et « The Secret » précèdent tout un univers synthétisant un état d’esprit. Le réalisateur français, Pascal Laugier, prend donc un malin plaisir à faire part de son style de lecture et de mise en scène, à la fois malaisante et spectaculaire. Très attaché à l’authenticité, il nous invite à revenir en terrain horrifique où il prend également la peine de torturer ses comédiennes, à défaut du spectateur. Mais c’est un pari gagnant qu’il fait là, mettant en avant la question de point de vue. On s’interroge sur l’écriture, un rapport au réel et à l’imaginaire, deux univers qui sont liés par bien des aspects.

Le récit installe rapidement le contexte, n’esquivant pas les codes de l’horreur dans un premier temps. Il s’agit d’une maîtrise approuvée et éprouvée car les codes sont bien malmenés par la suite. On prend plaisir à suivre des personnages, retrancher dans leur peur la plus profonde. Beth (Emilia Jones) est une jeune adolescente qui se cherche encore et on le remarque assez tôt, car sa fébrilité d’esprit lui fait défaut. Il s’agit d’une rêveuse qui ne trouve que des histoires pour s’échapper de sa condition d’enfant. Comme chacun, on préfère se projeter dans un fantasme qui aura tout pour nous séduire, nous et nous seul. Or, cela vire au tourment et la réalité des faits rattrape toujours cette cicatrice qui ne se refermera jamais. De ce fait, celle-ci aura de la chance, car l’aventure et le combat qu’elle mènera rime à la fois avec thérapie. Cela n’empêche pas sa sœur Vera (Taylor Hickson) de montrer toute son affection, malgré les conditions. Celle-ci est peu travaillée, mais comme chaque personnage, il n’y a aucune mauvaise note dans le jeu. Sérieuse et appliquée, elle devra faire face à une certaine distance qui la place hors du lot, sachant que Beth est constamment couvée par sa mère. Pauline (Mylène Farmer) s’occupe alors de ses filles avec amour et le démontre avec force. Mais tout l’enjeu de l’intrigue ne tourne pas autour de cette dernière non plus. C’est donc à Beth, seule, d’élever sa condition au beau milieu d’un drame traumatisant.

Il ne reste qu’un personnage à présenter et ce dernier se confond énormément avec le décor glauque de la vielle maison. Lovecraft est passé par là, mais on ne peut qu’apprécier les décisions du réalisateur, plaçant judicieusement ses points de pivot et de rupture dans un récit très intense. Beth est piégée dans un jeu qu’elle ne contrôle pas car elle n’en comprend pas les nuances et tout le symbolisme qui témoignent son trouble. Il ne faut pas oublier son jeune âge qui explique tan de choses quant à son comportement et son évolution. Ainsi, la figure de la poupée illustre à la fois toute l’ambiance lugubre et angoissante des lieux, mais cela cristallise par la même occasion son état d’esprit. Inerte et conservée dans un moule parfaitement lisse, elle tend finalement à s’effriter et à faire surgir toute la volonté d’émancipation qu’elle détient. D’une part, sa mère la retient et la préserve de tout ravage extérieur, mais les agresseurs prouvent également que le caractère bienveillant et conservateur est de leur côté. Elle se trouve alors scindée entre son désir de succès dans la littérature et la fuite vers l’inconnu, une épuisante réalité.

Aucune gratuité n’est à signaler dans « Ghostland » et l’auteur-réalisateur pousse davantage sa poésie vers la déstructuration familiale. Les agresseurs forment un duo qui les place au-dessus d’une certaine situation, celle du père et de la mère. Les ravages psychologiques sont à l’œuvre pour définir toute la peine qu’un enfant pourrait avoir à la suite d’une séparation ou d’un déménagement. Cela justifie amplement le contexte et on arrive à un point où l’intrigue met en valeur une beauté horrifique. Ce qu’il y a de malaisant, nous sommes finalement prêts à l’accepter, bien que les actes qui en découlent peuvent secouer les esprits. En effet, le film est assez difficile à encaisser, mais vivre une telle expérience fait évoluer notre manière d’appréhender le genre de l’horreur. Entre justesse et subtilité, c’est avec recul qu’on acquiert la maturité.

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