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Gloria Mundi par Christine Deschamps

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Ce que j'adore chez Ken Loach se transforme ici en réquisitoire impitoyable non plus contre l'inhumanité d'un système économique qui accule les gens à des comportements absurdes mais contre les gens eux-mêmes. Évidemment que nous sommes responsables de nos réactions face à l'adversité, et que la responsabilité nous incombe de rester dignes même quand la vie nous étrille, ce qui est loin d'être simple. Mais ici, même si les anciens dégagent des qualités parfois quasiment christiques, la radicalisation du libéralisme a engendré des monstres dans la jeune génération, des individus complètement paumés qui semblent avoir absorbé les règles dépravées de l'économie pour les retourner contre les plus faibles qu'eux. Ou qu'ils croient tels. Et nous voilà nous, spectateurs, captifs d'un tableau navrant, dérangeant parfois, implacable toujours, qui accable des trentenaires obsédés par l'argent au point de tourner le dos aux valeurs humaines les plus fondamentales. Autant dire qu'on ne prend aucun plaisir à les regarder faire naufrage, tous les quatre : les deux filles d'un couple de braves gens travailleurs et généreux, et leurs conjoints caricaturaux, qui incarnent le "winner" et le "loser" chers à un certain extrémiste orange et jaune dont nous sommes désormais dispensés de citer le nom ironiquement mensonger. Tandis que le personnage d'Ariane Ascaride incarne les sacrifices que les travailleurs plus âgés ont dû faire sur l'autel de la prospérité, ses deux filles ont transmuté la compassion qu'elles ont dû avoir à moment donné pour cette mère courage en mépris pour les petites gens et en rapacité consumériste. Implacablement, elles exigent des hommes de leur vie qu'ils pourvoient à leur bien-être comme leurs parents se sont saignés aux 4 veines pour pourrir leurs petites princesses. Et une princesse, justement, il y en a une qui vient de débarquer dans cet univers vicié, apportant avec elle l'espoir trompeur d'un changement glorieux. Un leurre, de ces fables que les enfants se racontent pour se rassurer dans le noir. Car les personnages de Guédiguian barbotent en pleines ténèbres, parce que l'extérieur impitoyable a repeint en noir leur intérieur fragile. Ce spectacle a de quoi désoler un public qui n'a rien fait pour mériter pareil châtiment. Peut-être que ça se voulait un avertissement. En tout cas, la charge est implacable et le moral a besoin d'un squelette en adamantium pour rester debout au terme de ces deux heures en mauvaise compagnie.

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