Oscars, mon amour.

Avis sur Glory

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Non, je ne réduis pas ce film à un film à Oscars, je ne suis pas non plus un gars sans cœur ni âme. Le sujet qu'il aborde est important, mais je trouve qu'il l'aborde mal. 24 ans avant 12 years a slave, le cinéma américain parlait déjà de l'esclavage par la voie détournée: en n'en montrant que la délivrance de celle-ci, sans l'aborder frontalement (faut pas déconner non plus).

Glory, c'est l'histoire du premier régiment de soldats composés de noirs (ce qui est faux, parce qu'il y avait déjà des bataillons créés avec des noirs, mais bon c'est autre chose encore). Un régiment qui va être mis à l'écart et se contenter des taches subalternes tandis que les autres vont combattre. Jusqu'à ce que Robert Gould Shaw, leur colonel, n'obtienne enfin l'autorisation de participer à une bataille, qui va les voir tous crever au front.

Je n'aime vraiment pas la façon dont le film présente les faits. Ou du moins la façon biaisée qu'il en fait. Le bataillon noir était chargé de la sale besogne, pour supporter les autres régiments. Pourquoi ne le montre-t-il pas clairement ? Il y avait tellement de choses fortes à en faire, montrer que les noirs étaient libérés de l'esclavagisme, pour en accepter un autre sous une différente forme. Il l'aborde, par quelques dialogues, mais jamais il ne le montre. Ensuite, l'importance de représentation de Shaw comme un guide me met mal à l'aise. Il devient le leader de son bataillon, aussi bien sur le plan hiérarchique que mental. Certes, c'est leur supérieur, mais le plan où Shaw meurt et qui fait que c'est le déclencheur de l'assaut final des derniers survivants par pure réaction émotionnelle, c'est malsain ! Il y a eu des dizaines de tombés au combat auparavant, et parce que le colonel est mort, c'est l'élément déclencheur qui leur redonne des dernières forces pour se battre jusqu'au bout ? On en vient donc au noir qui est atteint bien plus fortement par la mort de son supérieur blanc que de son partenaire de fortune.

Bon, j'ai parlé du point négatif, j'en vient (quand même) au positif. Il esquisse légèrement que la guerre civile n'était pas que les gentils gars du Nord qui voulaient sauver les noirs VS les méchants gars du Sud qui voulaient garder les noirs comme esclaves. Le film commence le travail de sape (qui prendra donc 24 ans) de la représentation d'une histoire américaine très tabou. Faire l'inventaire de l'ignominie qui a permis à son pays d'être ce qu'il est maintenant, c'est toujours très compliqué (c'est un peu le même problème que l'on a en France avec la guerre d'Algérie et le collaborationnisme sous Vichy, toujours compliqué de reconnaitre ses tords). Glory le fait, avec une scène formidable (la plus forte, ce n'est pas un hasard) où l'on voit le personnage de Danzel Washington se faire fouetter pour avoir tenter de fuir (alors qu'il voulait juste obtenir de nouvelles chaussures dans une ferme à proximité du camp). La scène est forte, parce qu'elle représente directement la condition de l'homme noir fouetté par l'homme blanc bourreau. C'est d'ailleurs cette scène qui permettra à Denzel d'avoir son oscar (une larmichette, et c'est dans la poche).

Ce film a vieilli, parce qu'il est soft dans le traitement de son sujet. Edward Zwick est un réalisateur de grandiose, de batailles épiques et de moments poignants. Il a mis les trois dans son film, faisant de "Glory" un film ultra-classique comme les américains les aiment. En abordant un tel sujet, le réalisateur ne pouvait de toute façon pas se permettre des folies d'inventivités. Ce n'est de toute façon pas le genre de la maison.

Bref, c'est un bon film, mais qui possède certains aspects qui m'ont hérissés le poil (sans jamais d'intentions directes, mais l'imagerie involontaire fait que ça donne ce dont j'ai parlé). Il est important, il marque une date dans le cinéma américain, un long processus qui aboutira par la suite au film de Steve McQueen: 12 Years A Slave.

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