Le monstre entre deux chaises...

Avis sur Godzilla

Avatar Tom Bombadil
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Godjira, the King of monsters. Une petite entreprise familiale de démolition qui dure depuis 60ans avec des hauts et des bas dans ses activités. En 2014 c’est donc le réalisateur de l’ingénieux « monsters » (2010) qui reprend le flambeau. Réveillés par l’Humanité, des créatures colossales baptisées MUTO sèment la désolation, seule l’intervention de Godzilla relève d’un espoir de les arrêter.

Avec sur le papier un casting hétéroclite mais solide (Ken Watanabe, Bryan Cranston et Juliette Binoche en miroir du jeune couple Taylor-Johnson/Olsen), un jeune réalisateur talentueux et une bande-annonce parmi les plus réussies et alléchantes de ces dernières années, tout était réuni pour des retrouvailles de très haut niveau avec le roi des kaijus.

Paradoxalement on pourrait ranger le sentiment aux vues du résultat dans la catégorie « frustration enthousiaste ». Expression bancale mais commode pour synthétiser au plus près l’effet qui domine à la sortie de la salle.
Une fois n’est pas coutume on attaquera par cette frustration, non seulement parce qu’on ne peut minimiser les défauts (assez gênants à vrai dire), mais aussi parce qu’une fois bien mis en exergue on pourra relativiser son impact au regard des véritables (et salvatrices) qualités du long-métrage.

Le scénario de ce faux « reboot » prend deux paris narratifs. Le premier est de reporter la première apparition de Godzilla au presque dernier tiers du film. Pari osé, pari risqué mais audace que l’on peut au moins comprendre lorsqu’on regarde de manière globale l’idée dans laquelle s’inscrit le retour de Godzilla. Le réalisateur a choisi de faire du monumental reptile une créature préexistante au film, déjà connue de certains protagonistes et relevant d’un problème datant de 1954 (en écho au premier film de Ishiro Honda). Gareth Edwards pense dès lors au film comme l’ouverture d’une saga, ou plutôt la continuation sous une autre forme. C’est louable, hélas le pari est en partit perdu (pas de mon point de vue cela dit) à cause d’un autre coup de poker qui lui est clairement raté. En effet le réalisateur a souhaité jumelé à l’histoire de Godzilla un drame familial, avec le but affiché que la tension intimiste rentre en conflagration avec la part de catastrophe démesurée. Un effet d’échelle à hauteur narratif en somme.

Sauf que malgré de très bonnes intentions cette partie-là est clairement un échec. Non pas que l’idée soit mauvaise en elle-même, mais le rendu final est trop calibré, trop cliché, trop figé. Ce qui se dégage de ces gesticulations familiales un peu vaines c’est surtout l’image éculée de la famille américaine dans l’adversité, entre séparation et recomposition. C’est le principal écueil qui à mon sens à fait décrocher une partie du public qui dès lors n’y a vu qu’une « grosse franchise bien ricaine ». Une erreur d’interprétation certes, mais bien compréhensible.

D’autant que le poids de cette ligne narrative pèse considérablement sur le rythme du film. Et c’est là le principal défaut. Les coupes et les plans de transition entre les deux trames sont mal agencées et fait naître une légitime frustration, le rythme se fait trop saccadé, d’autant que la partie « familiale » n’arrive absolument pas à faire naître de tension et d’enjeux dramatiques, au contraire des apparitions de Godzilla comme on le verra plus loin.
Dernière limite du long métrage, qui finalement est une conséquence des deux autres évoquées plus haut, la sous-exploitation des personnages humains. En faisant le choix (à moins que la production est fait le choix à sa place, c’est bien possible) d’une imagerie familiale classique, rassurante pour le public US, en lieu et place d’une vraie caractérisation des personnages, Gareth Edwards laisse dans la marge quasiment tous les protagonistes. A commencer par Ken Watanabe dont la relégation à une figuration commentatrice ébahie (oui qu’est-ce qu’il écarquille les yeux en 2h de film !) est décevante et frustrante. Ensuite on regrettera la sous-exploitation de Juliette Binoche et Elisabeth Olsen, faire-valoir féminins qui rappelle les pires heures scénaristiques des blockbusters des années 80-90. Enfin le personnage central de Aaron Taylor-Johnson, qui fait malgré tout le job avec ce qu’on lui a donné comme rôle, c’est-à-dire l’inoxydable mâle, pater familias attentif et courageux, parangon de vertu américaine au cœur des plus grandes crises. Beurk.

Si l’introduction du film est très bien mené par un Bryan Cranston convaincant qui insuffle un peu de vie et de densité, il est hélas bien isolé. De côté-là du scénario on était donc en droit d’attendre beaucoup, beaucoup mieux de Edwards.

On pourrait se dire que les paragraphes précédents ont signé l’oraison funèbre du film, mais c’est à ce moment précis que l’enthousiasme sort du bois pour venir sinon atténuer, en tout cas relativiser ces défauts manifestes.
Premier point et pas des moindres : GODZILLA est de retour !

On pourrait aisément passer à côté de ce simple fait, blasés, saturés que nous sommes par les effets visuels et numériques, et ce fait c’est bien que le Godzilla à l’écran ici est simplement parfait. Quand on connaît un peu (ou quand on prend la peine de se renseigner) l’origine, la signification et l’histoire de ce monstre géant on ne peut qu’être enthousiaste. Visuellement d’abord, Godjira s’impose dans tout son gigantisme avec une classe indéniable. On ressent physiquement la puissance implacable qui caractérise le premier des kaijus. Gozilla est une montagne innarrétable sur laquelle l’Humanité arrogante n’a aucune prises, comme en témoigne nombre de plans parfaitement construits et notamment ce plan originel, sidérant, filmé depuis le hall d’un aéroport, où une patte démesurée sortie de nulle part s’abat dans une lenteur incroyable, de profil face au public (et aux spectateurs). Image marquante qui est l’étalon de toutes les apparitions du monstre, que Edwards s’ingénie à révéler et filmer dans des angles à hauteur humaine, renforçant l’aspect monumental de l’ensemble. Comme dans « Pacific Rim » la maîtrise des variations d’échelles est la grande force du film.

Quant à l’aspect en lui-même de Godzilla, il reprend les grandes lignes originelles, à savoir un corps reptilien disproportionné avec une partie inférieure du corps bien plus lourde. Le résultat c’est qu’on retrouve le pas pesant du géant, représentant la catastrophe inéluctable du film de 1954. Pour le reste il a été retravaillé avec soin, offrant au roi des kaijus la prestance qu’il mérite. (Le cri est à ce titre particulièrement réussit)
Le respect, voilà la qualité intrinsèque de ce long métrage. Respect au socle de base bien sûr avec le visuel de Godzilla, mais aussi dans les thèmes qu’il incarne et qu’il traîne dans son sillage. Le rapport au nucléaire bien sûr, mais plus largement celui de l’Humanité et de sa dépendance énergétique, pris ici sous un angle intéressant. Ce respect se coule avec habilité dans un scénario qui fait la synthèse entre le Godzilla de 1954, fléau expiatoire de l’Humanité, et celui de la franchise interminable qui a suivi, où le monstre devient l’allié involontaire de la race humaine contre des incarnations kaijuesques des grands problèmes environnementaux (ou simplement le WTF des scénaristes nippons ^^). On retrouve d’ailleurs dans la construction tous les ressorts qui fondent un film de kaiju, au premier rang desquels la gesticulation impuissante de la machine militaire, dans des mises en scènes grandiloquentes mais balayées d’un revers de patte par la bête. Bref, Edwards embrasse toutes les facettes de Godzilla dans le but avoué de lancer une franchise, mais il le fait avec révérence et ingéniosité.

Je serai donc bien volontiers indulgent envers cette version 2014, certes imparfaite et frustrante, mais enthousiasmante et prosaïquement très divertissante. Plans apocalyptiques somptueux, combats titanesques, mise en scène globalement très réussie, cela suffit à faire mon petit bonheur personnellement, même si oui la frustration est là.

Ce qu’on n’enlèvera pas en tous cas à ce Godzilla, c’est qu’il lave l’affront de 1998, pour le coup véritable navet industriel US (que j’encourage à voir pour la nécessaire comparaison). Rien que pour ça on peut considérer l’objectif atteint, et atteint d’une manière convaincante.

On est en droit d’attendre des réajustements scénaristiques pour les inévitables suites, mais d’ores et déjà on peut clamer bien fort : THE KING OF MONSTERS IS BACK !

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