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Godzilla II : Roi des monstres par PatriceSteibel

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Il y a un paradoxe à voir que Warner Bros. qui recherche éperdument un « univers partagé » cohérent capable de concurrencer le MCU, peine à le faire émerger avec les adaptations des DC comics pourtant bâtis sur un univers clé en mains y parvient avec son univers de monstres développé avec Legendary Pictures avec Godzilla en 2014 puis Kong Skull Island en 2017 et avant Godzilla vs. Kong qui sortira en 2020. La mise en scène de ce Godzilla II Roi des monstres, suite directe du film de Gareth Edwards (les événements de Skull Island se déroulant des décennies avant les deux films) est confiée à un réalisateur sans expérience dans la gestion de gros budgets, ici Michael Dougherty qui commença sa carrière comme scénariste pour Bryan Singer (X-Men 2, Superman Returns) avant de signer deux films fantastiques à moyen budget (un film à sketchs autour d’Halloween inédit en France mais qui bénéficie d’une belle réputation outre-atlantique Trick ‘r Treat et Krampus sur le père fouettard). Il signe à la fois la mise en scène et le scénario avec son co-scénariste de Krampus Zach Shields à partir d’un traitement signé Max Borenstein le showrunner de la franchise. Dougherty développe la mythologie des monstres géants amorcée dans le film précédent et Kong Skull Island dévoilant un peu plus de la structure et des moyens de Monarch la cabale secrète qui étudie ses monstres depuis des décennies (l’équivalent du SHIELD pour le MCU). On retrouve l’organisation et ses membres émérites Dr. Ishiro Serizawa et le Dr. Vivienne Graham, Ken Watanabe (Inception, Le dernier samouraï) et Sally Hawkins (La forme de l’Eau) reprenant leurs rôles, sous le feu des critiques du gouvernement US, après la révélation catastrophique de l’existence des MUTO (Massive Unidentified Terrestrial Organism traduit en français par Mutant Ultime Terrestre d’Origine inconnue) rebaptisés titans. Alors que la traque de Godzilla se poursuit, on apprend que l’organisation a localisé et emprisonné des dizaines de ces créatures encore dormantes quand une de leur scientifique le Dr. Emma Russell (Vera « Conjuring » Farmiga) qui a mis au point un système capable de les contrôler est kidnappée avec sa fille Madison (Millie Bobby Brown la révélation de Stranger Things) par l’éco-terroriste Jonah Alan (Charles Dance) déterminé à libérer les créatures. Monarch enrôle son ex-mari Mark Russell (Kyle Chandler) père de Madison et ancien membre de l’organisation pour les retrouver avant qu’il ne soit trop tard.

Godzilla II Roi des monstres troque l’approche semi-réaliste du premier film qui liait l’apparition des monstres à un incident nucléaire industriel faisant écho à la catastrophe de Fukushima pour un esprit pulp (on y croise d’antiques cité sous-marines et on évoque la théorie de la terre creuse) qui privilégie leur aspect mythologique. Dougherty en fait d’anciens dieux Lovecraftiens qui se réveillent et reprennent leurs droits sur la planète que l’Homme qui leur a succédé en haut de la chaîne alimentaire a ravagé durablement. Il fait ainsi de ces symboles de destruction des instruments de vie et de renaissance réponses à la crise écologique. Godzilla est traité à la fois comme un animal, prédateur alpha mais aussi comme un protecteur qui doit faire face aux cotés de Mothra une mite géante (pas de contrepèteries s’il vous plait !) à d’autres créatures cultes du panthéon du Kaiju-Eiga : Rodan (un ptérosaure mutant long d’une centaine de mètres volant à la vitesse d’un avion apparu pour la première fois dans un film de Ishirô Honda créateur de Godzilla en 1956) et à son ennemi juré King Ghidorah un dragon ailé tricéphale d’origine extra-terrestre. Contrairement au film de Gareth Edwards, Godzilla II Roi des monstres s’abandonne complètement au kaiju-porn, là où le réalisateur de Rogue One gérait les apparitions de sa « vedette » avec parcimonie, Dougherty révèle rapidement ses titans avant d’enchaîner une série d’affrontements massifs et dévastateurs à une échelle ahurissante qui occupent la majeure partie du métrage.

Godzilla II Roi des monstres conserve néanmoins ses choix atmosphériques et le même soin pictural apporté à chaque plan. Lawrence Sher directeur de la photographie attitré de Todd Philips depuis Very Bad Trip (et bientôt sur Joker) qui a toujours donné à leurs comédies une vraie patine visuelle (si Hangover 2 est le moins drôle de la série il est visuellement somptueux ) livre ici son travail le plus abouti, donnant à chaque bataille une texture particulière créant des atmosphères surréalistes tour à tour bleutées éclairées par la bioluminescence de Mothra, jaunes ou écarlates composant ses scènes de bataille comme des toiles digne de figurer dans un musée ou au moins comme fond d’écran d’ordinateur ! Scott Chambliss (Les gardiens de la galaxie Vol. 2, Star Trek, Tomorrowland) signe des décors hi-tech à une échelle monumentale. Le montage agressif signé par des vétérans du film de monstres comme Bob Ducsay (déjà à l’œuvre sur le premier et qui signa ceux de la Momie ou Van Helsing), de la destruction massive comme Roger Barton (le montage des films de Michael Bay depuis Bad Boys II) et du cut furieux tel Richard Pearson (Quantum of Solace ,Vol 93) soutient un rythme qui maintient l’équilibre entre la fluidité du récit et le chaos des combats mais qui s’avère épuisant. La répétition des séquences d’affrontements monumentals mithridatise le public et leur faisant perdre en efficacité. Dans un sens Michael Dougherty tombe dans le travers contraire à celui de Gareth Edwards qui avait choisi de jouer, peut-être trop, sur la frustration du spectateur ne révélant sa vedette que par petites touches au long du film laissant des batailles se dérouler hors-champ ou entrevus par le biais de flashes télévisés pour préserver l’impact de son final. En abandonnant la retenue d’Edwards, Dougherty dont la mise en scène, moins percutante que celle de Jordan Vogt-Roberts sur Skull Island, a du mal parfois à maintenir l’intensité à chaque combat.

Le film emploie un peu du même fétichisme guerrier que celui de Roland Emmerich dans Independance Day (ou son Godzilla) mais contrairement aux productions patriotiques de l’allemand, si Monarch et les militaires US déploient une force de frappe technologique impressionnante elle est sans effet devant la puissance primordiale qu’incarnent les créatures. Les protagonistes humains, scientifiques et militaires, malgré un casting international composés de comédiens de qualité (Ziyi Zhang, O’Shea Jackson Jr., Charles Dance) ont peu à jouer en dehors de la gravité et de la stupéfaction. Pour nous impliquer malgré tout Dougherty comme Edwards utilise le ressort de la famille désunie qui doit se retrouver au milieu du chaos. Si le personnage de Kyle Chandler n’est pas vraiment étoffé le comédien apporte son charisme naturel pour combler son manque de caractérisation. Le scénario utilise intelligemment l’ambiguïté dont est capable Vera Farmiga pour apporter un peu d’imprévisibilité. Millie Bobby Brown très mise en avant dans la promotion du film est loin d’avoir un rôle central. Si dans l’ensemble le scénario maintient un équilibre entre le premier degré nécessaires pour imposer les enjeux du film d’aventures et le second degré l’emploi de deux comic-reliefs Thomas Middleditch (Silicon Valley) et Bradley Whitford (Get out) est assez maladroit. Comme jadis Raymond Burr dans la version américaine du Godzilla original, le personnage de Ken Watanabe apporte un surplus de gravité et son Dr. Ichiro Serizawa qui comprend le monstre mieux que quiconque, est un lien direct avec les origines du mythe. Dans la droite ligne du précédent film le design et l’animation des créatures sont très réussies leur donnant une authentique personnalité et une ampleur majestueuse tout en conservant un peu du charme des tokusatsu (effets spéciaux japonais employés dans les films originaux). Godzilla a subi une légère modification, son nouveau design présentant plus de protusions ressemble davantage aux incarnations antérieures. Bear McCreary (The Walking Dead , Outlander) signe une bande originale massive et tonitruante qui reprend certains motifs des thèmes originaux d’Akira Ifukube. Ceux qui regrettaient la discrétion des combats de monstres du film d’Edwards seront ravis par le massif mais épuisant Godzilla II Roi des monstres à la mise en scène moins inspirée que celle de son prédécesseur mais qui conserve à l’image des précédents volets du Monsterverse un bel esprit pulp et demeure un gros divertissement tout à fait honorable.

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