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Godzilla : La Ville à l'aube du combat par Ninesisters

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Second volet de la trilogie Netflix d'après une idée forcément géniale de Gen Urobuchi.

Verdit : C'était beaucoup mieux que le premier opus. En même temps, mieux qu'une bande de personnages anti charismatiques qui se bagarrent avec un monstre, ce n'est pas tellement difficile.

Ce second long-métrage ne prend pas plus le temps de rendre son héros attachant, par contre il semble plus posé, prend plus le temps de nous faire découvrir son environnement, et surtout répond enfin à des questions qui auraient dû être posées dès le début. Tout-de-suite, l'univers inédit (au sein de la licence Godzilla) de cette série prend plus d'ampleur, ce qui n'est pas un mal. Dans sa seconde moitié, le scénario arrive aussi à développer une des deux peuplades aliens de la série, jusque-là peu utile, avec quelques idées bienvenues. Dans l'ensemble, l'histoire réserve quelques bonnes surprises qui compensent en partie le côté indigeste des débuts et la fadeur des principaux protagonistes.

Techniquement, sans surprise, nous sommes dans la lignée du premier film. Certains décors sont assez jolis, et le design de Godzilla lui confère une prestance indéniable. Pour le reste, je ne suis toujours pas client de la technique d'animation et des visages des personnages, ce qui n'aide décidément pas. Par contre, pour rester sur la technique, plusieurs musiques sortent clairement du lot, d'autant qu'elles ont le bon goût d'être utilisées aux moments opportuns.

Donc il y a une amélioration par rapport au métrage précédent, et rien que cela fait plaisir, mais vu que nous partions de très bas, cela ne signifie pas non plus que ce second épisode est un grand film. Il se laisse regarder, ce qui est déjà bien. Mais il souffre encore de plusieurs handicaps propres à la série. Un des principaux, c'est que comme il reste au moins un opus, nous savons que les personnages n'arriveront toujours pas à se débarrasser de leur principal problème.

Quant au sujet du prochain épisode, il se voit venir gros comme une maison, malgré la volonté du scénariste de garder des éléments secrets de manière totalement artificielle. Un des personnages va ainsi chuchoter une information capitale à un autre, de manière à ce que personne ne l'entende, alors qu'il n'est observé que par les spectateurs... Information qui nous sera révélée dans la scène post-générique, mais totalement prévisible. Ou du moins, soit vous êtes des habitués de la licence et vous vous doutez bien de quoi il s'agit, soit vous ne connaissez pas et la révélation tombe complètement à plat.

Maintenant que nous avons eu droit à deux opus, nous pouvons raisonnablement revenir sur le projet lui-même. Tout dans l’écriture indique que celui-ci a été pensé comme une série. Non une série de long-métrages, mais une série composée d’épisodes de 100 minutes (quand bien même ils seraient diffusés au cinéma). Par conséquent, il ne faut pas s’étonner que le studio ménage ses effets et ses révélations, ou finisse chaque épisode sur un élément devant donner envie aux spectateurs de regarder la suite.

Le problème, c’est que les créateurs de cette série n’arrivent pas à gérer leur format. Ils essayent malgré tout d’imposer une structure de long-métrage aux épisodes, parfois au détriment de la cohérence globale. Par conséquent, les deux premiers volets reposent chacun sur une idée principale, avec une montée progressive de la tension, et un climax sous forme d’affrontement final. Cela ne peut pas marcher. Pour qu’il y ait le moindre enjeu, il faudrait que les spectateurs ignorent que la menace – dont la destruction constitue le but ultime – reviendra fatalement dans la suite.

En même temps, il faut bien combler 100 minutes de métrage. Et autant, dans une série avec des épisodes de 20 ou 45 minutes, nous pourrions accepter que les personnages oublient de se poser certaines questions (parce qu’ils n’en auraient tout simplement pas le temps), autant sur 100 minutes, c’est tout-de-suite plus dur à avaler.

Faire une trilogie de kaiju eiga n’est pas impossible. La preuve : celles consacrées à Mothra et Gamera dans les années 90/2000. Mais pour que cela fonctionne, il faut que chaque film pris individuellement possède ses propres enjeux, avec à la rigueur quelques éléments en guise de fil rouge. Alors que cette nouvelle version de Godzilla fonctionne sur une logique de série à suivre, donc avec un fil rouge hypertrophié dont les principaux enjeux ne pourront être résolus qu’à la toute fin (à moins que Netflix annonce une « saison 2 »). Pour autant, les auteurs essayent d’intégrer aux forceps des enjeux propres à chaque épisode, et cela ne fonctionne pas. Il s’agit d’un hybride complètement bâtard, une créature de Frankenstein moderne. Et c’est plutôt dégueulasse à voir.

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