Contrefaçon

Avis sur Gold

Avatar Flaw 70
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Il aura fallu plus de 10 ans à Stephen Gaghan pour repasser derrière une caméra. Lui qui c'était surtout fait connaître pour avoir écrit Traffic de Soderbergh et pour avoir un peu fait parler de lui avec son deuxième film Syriana.

Ce dernier était plutôt sympathique mais brillait surtout par son casting 5 étoiles. Après autant de temps passé en hibernation, on se dit qu'il fallait un projet relativement fort pour faire sortir le réalisateur de son inactivité, et au premier abord on voit ce qui a plut à ce dernier dans l'histoire de Gold. La parenté avec son cinéma est clairement établie dès le synopsis du film. Plus peut être que ses futurs projets, Gaghan semble en effet vouloir rattrapé son retard car il est déjà rattaché à l'adaptation du jeu vidéo The Division mais aussi au reboot des aventures de Doctor Dolittle.

Pourtant, même si Gaghan est en terrain connu, il ne parvient pas à tirer tout le potentiel de cette histoire pourtant passionnante. Un temps passé entre les mains de Michael Mann qui préférera se tourner vers son très bon Blackhat suite à différents retards de production, le scénario se base dans les grandes lignes autour du scandale minier de Bre-X, un mine d'or découverte en Indonésie. L'histoire est peu connu et mérite clairement d'être raconté, sauf qu'il est évident qu'elle manque ici d'une vraie vision de cinéaste. Mann aurait probablement pu extirper toute la fièvre et la splendeur de cette histoire, comme il l'avait fait avec son The Insider. Une fougue que ne possède pas Gaghan et qui enlise le récit dans un rythme ronflant qui se contente juste de prendre la forme d'un rise and fall. Jamais on ne se fait surprendre par où l'histoire nous emmène car c'est au final la même histoire qui nous est racontée encore et encore dans ce genre de biopic. Surtout que la narration s'embourbe ici assez souvent dans ses effets qu'elle manque de naturel et fini par perdre un spectateur qui n'a jamais vraiment voulu se donner la peine d'entrer dans le film. Car avant même l'apparition du titre, qui vient qu'après au moins un bon quart d'heure de film, Gold affiche ses problèmes et fait des choix de montage plus que douteux qui relève presque de l'amateurisme.

La réalisation ne brille pas par sa maîtrise, la photo est assez terne, le montage aléatoire et la sélection musicale plus qu'évidente. On dirait une parodie sous xanax de The Wolf of Wall Street, qui cherche constamment à marcher dans ses pas sans jamais tenir la cadence. La mise en scène de Stephen Gaghan est générique au possible et ne parvient pas à poser un style. La manière dont il réduit l'Indonésie à quelques plans montre la limite de son imagination qui ne parvient jamais à faire rêver ni à nous faire voyager auprès de ses personnages. Surtout qu'il n'arrive jamais non plus à appuyer les performances de ses acteurs. Généralement le point fort de ce genre de biopic mais qui paraît ici aussi assez absent. Matthew McConaughey appuie encore le fait qu'il n'est plus que la caricature de lui-même, encore. Après les rôles de beaux gosses lisses, il avait trouvé un renouveau salvateur avec des rôles de compositions mais qui se sont vite réduits à un concours de phrasé texans et des mains qui s'agitent en parlant tel un gourou dopé aux amphets. Ici, il n'est jamais porté par le film et sa prestation se résume à sa transformation physique. Il a épuisé le filon de sa renaissance artistique sans jamais la nuancé et il serait temps qu'il essaye d'explorer un autre registre de jeu. Mais sans s'arrêter qu'à celui là cette fois. Bryce Dallas Howard est réduite au rôle de la femme aimante mais qui doutera de la vanité grandissante de son époux. Elle le joue bien mais la position du personnage reste relativement ingrate. Non seulement le personnage est cliché mais toujours mis en second plan. Le seul qui sort un peu du lot et le très bon Édgar Ramírez qui apporte une vraie substance au film. Tout en subtilité, il est celui qui offre vraiment une performance incarnée sans jouer la carte de la transformation physique ou autre, mais juste avec talent et sobriété.

Gold est l'archétype du biopic US dans toute sa splendeur. Il en réunit tout les codes mais ne parvient jamais à les transcender ce qui le rend pour le moins soporifique. L'histoire n'est pas dénué d'intérêt et certains moments accroche suffisamment pour pas que le spectateur s'endorme complètement. Mais le récit est traité de telle manière qu'il ne livre aucunes surprises surtout avec une narration mollassone qui n'est que le rise and fall classique autour du personnage. Sans énergie, Gold ne parvient jamais à sortir du lot et il ne peut pas s'appuyer sur ses acteurs qui en font le strict minimum à l'exception de Édgar Ramírez qui reste le rayon de soleil magnétique du film. Stephen Gaghan est loin de nous gratifier d'un retour triomphant, et son Gold est une preuve supplémentaire que les biopics américains commencent très sérieusement à tourner en rond et à ne plus rien offrir cinématographiquement parlant.

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