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Gone Girl par l'homme grenouille

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Juste deux mots : David Fincher. Je n’étais pas particulièrement enthousiaste à l’idée d’aller voir ce film (qui a pour malheureuse particularité – je tiens à le rappeler – d’avoir Ben Affleck dans son casting) et pourtant… Quand j’y repense je me dis qu’il n’est jamais vain de se déplacer pour un film de David Fincher. Ce mec, soit son sujet ne m’intéresse pas, et dans ce cas là je passe juste un bon moment grâce à sa somptueuse manière de filmer et de monter (ce fut notamment le cas de « The Social Network ») ; soit son sujet m’intéresse et dans ce cas là, je grimpe presque littéralement au rideau (« Se7en », « Fight Club », « The Game »). Peut-être fut-ce la torture qu’a été pour moi son dernier « Millenium » qui m’avait fait perdre de vue cette réalité (mais dans ce cas particulier, la souffrance est surtout venue du fait de voir une simple repompe du film original), il n’empêche que, après ce « Gone Girl », tout est redevenu clair dans mon esprit. Ce n’est pas compliqué. Je ne connaissais rien de l’histoire (je savais juste qu’il y avait Ben Affleck dedans, ce qui n’était pas très engageant, avouons-le…) et cela m’a permis du coup d’encore mieux apprécier la remarquable mécanique du piège fincherien. Qu’il est bon de tomber sur un gars qui ne fait pas d’esbrouffe, qui mesure ses effets subtilement, qui ne fait rien au hasard… Ce genre de réalisation maitrisée sur le bout des doigts nous oblige à être sensible à tout, sans ne jamais ressentir cette frustration d’avoir fourni un effort pour rien. Le truc se met en place progressivement, sur un rythme minutieux, le temps de nous permettre de questionner ce qu’on voit et surtout qui on voit. Comme dans tout bon thriller, on a déjà toutes les clefs de compréhension entre les mains dès le départ, le déroulement du film ne sert qu’à nous faire prendre conscience que l’essentiel nous échappait jusqu’à présent. Alors certes, le film est pétri de retournements que beaucoup pourraient trouver trop gros ou trop artificiels. Moi-même j’avoue qu’à certains instants je pouvais vivre certains rebondissements comme un début de douche-froide par rapport au plaisir ressenti (et le tout toujours en présence de Ben Affleck, ce n’est pas à oublier) mais finalement il n’en fut rien, et cela essentiellement pour trois raisons. Tout d’abord, il faut bien avouer que ce nombre de revirements permet à l’intrigue d’être plus riche et donc plus dense, ce qui a un effet non négligeable sur le rythme. Mais aussi, l’ensemble de ces revirements m’ont permis de me retrouver dans une situation que j’adore au cinéma : ne pas vraiment savoir ce qu’il va se passer. Fincher pour le coup a suffisamment de matériau pour anticiper notre rapidité d’esprit et ainsi apporter une résolution à un mystère posé plus rapidement que prévu lui permettant pour le coup de poser un mystère nouveau. Enfin – et c’est finalement l’essentiel – tous ces revirements, aussi rocambolesques puissent-ils parfois paraître, se font au service d’un propos. Or, si un retournement de situation peut parfois risquer de rompre le fameux pacte de suspension volontaire d’incrédulité chez le spectateur, il ne rompt pas la cohérence d’une exploration que je trouve très osée : celle de l’hypocrisie ultra-malsaine à laquelle peut conduire cette norme qu’est le mariage. Franchement, aborder un sujet comme ça, sous cette forme là , et pour lui faire dire ça, je trouve ça juste incroyablement culotté… et même insolemment culotté parce qu’en plus il faut que ce soit maitrisé de mains de maître. J’ai trouvé le truc tellement bon que – ô miracle ! – Ben Affleck ne m’a même pas insupporté. Pire son personnage à mi chemin entre celui qu’on a envie de baffer tellement il fait faux, mais qu’on a quand même envie d’aimer parce que malgré tout, il est aussi faux dans sa façon d’être faux, c’est au final un personnage qui correspond plutôt bien à l’acteur. Pour une fois, jamais Ben Affleck n’aura été aussi vrai qu’en jouant le faux. Bref, plus j’y repense, et plus je me dis que ce que je viens de voir là une vraie perle. Certes, sûrement certains ne s’y retrouveront pas comme moi car les remous de l’intrigue les feront peut-être sortir du propos. Peut-être même que d’autres auront aussi du mal pour le propos qui est justement tenu sur les relations amoureuses hommes-femmes, le mariage ou bien même tout simplement sur les relations familiales en général dans notre société. Mais bon, moi je pars du principe que, pour qu’un film plaise vraiment à quelqu’un, il faut qu’il accepte le fait de ne pas plaire à tout le monde. Pour moi, c’est le cas de ce « Gone Girl ». Il n’emballera pas à tout le monde, ça c’est sûr (mais cela ne veut pas dire qu’il vous déplaira forcément, parce que c’est quand même David Fincher ! Ho !), mais en tout cas, dans mon cas une chose est sûre : ce film il me plait. Plus que ça, il me transcende…

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