God bless America !

Avis sur Gone Girl

Avatar Senscritchaiev
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Oh la la je payerais cher pour voir la tête de Clint Eastwood devant Gone Girl ! Lui qui se mine la santé à réaliser année après année des pensums indigestes sur la beauté du rêve américain, je pense que le jour où il devra se farcir ce réquisitoire implacable contre le cauchemar étasunien, ça y est, enfin, il s’étouffera. Ou se fera sauter le caisson… on peut rêver, non ?

Le plus malin, dans tout ça, c’est de cacher le poison au coeur d’un verre de lait blanc. Un thriller comme hollywood en a le secret : une disparition, des fausses pistes, des rebondissements : pour le spectateur us lambda, c’est un divertissement comme un autre. Voir la vie d’un citoyen au-dessus de tout soupçon basculer du jour au lendemain est notre version moderne des jeux du cirque, jusque là rien de bien original. Sauf qu’au milieu de l’histoire, tout bascule, tout se renverse, et les « apparences » se brisent. Deuxième mouvement d’une symphonie qui en comporte trois.

Car le jeu de massacre mis en place par Fincher ne se réduit pas à ce coup de théâtre, qui n’est qu’une péripétie supplémentaire dans un tableau encore plus noir de son cher pays, parangon auto-proclamé de la Justice et de la Vérité. Non, le vrai sujet à mes yeux, ce n’est pas que les apparences soient trompeuses, c’est qu’elles sont monnayables. Et qu’une nation toute entière - la plus puissante de la planète de surcroît - s’est vouée à ce Veau d’Or là. Ce qui pourrait n’être qu’un portrait au vitriol de la vie conjugale, ou une étude psychologique sur un cas limite de perverse-narcissique, débouche en réalité sur un constat nettement plus général, et plus flippant : une société entièrement conduite par la haine de soi, et qui a fait de cet échec un spectacle permanent. Les choses n’ont guère changées depuis que les premiers puritains ont mis le pied sur le continent, mais les outils eux se sont perfectionnés à mesure que la maladie grandissait. La chasse aux sorcières continue, mais le procès désormais s’est transporté devant les écrans de télévision, avec la vox populi comme seul juge. Et à voir la façon dont se termine ce film glaçant, on imagine à quel point ce pauvre David a peu d’illusion sur la suite du programme.

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