GONE GIRL, DON'T GO !

Avis sur Gone Girl

Avatar Valerie Favier
Critique publiée par le

Une femme disparaît; son mari, maladroit à souhait, oscillant sans cesse entre mensonge et sincérité sur leur couple, fait vite figure de coupable idéal aux yeux du voisinage... Les médias s'emparent de l'affaire, qui prend des proportions incroyables pour un fait divers.
Un point de départ a priori classique...
Oui, mais...le réalisateur est David Fincher!
Rapidement, on est saisi par l'intrigue, on s'interroge : qui ment? Qui dit la vérité? Un des tours de force de Fincher est de nous entraîner de manière irrésistible : nous voici promus enquêteurs! Avec pour unique obsession de découvrir le fin mot de l'histoire.
Le scenario est brillant, chaque pièce d'un puzzle effarant se met en place au gré d'allers et retours incessants dans la chronologie, qui pourraient nous désorienter, mais jamais on ne s'y perd. Parce que le montage est d'une implacable précision. On est donc captivé, englué dans la magistrale manipulation que met en scène le film. Le suspense ne faiblit jamais : lorsqu'on a enfin compris qui mène la danse ( un peu comme dans "Seven" ) on ne se désintéresse nullement du sujet, on est encore plus anxieux de voir où tout cela va nous mener.
Fincher excelle dans l'art de nous tenir en haleine, un peu à la façon d'Hitchcock, auquel le film adresse d'ailleurs quelques clins d'oeil ( la scène de la douche notamment ). A Hitchcock, Fincher a aussi emprunté la blondeur et la candeur apparente de son héroïne, une Rosamund Pike qui rappelle les blondes racées et machiavéliques chères au grand maître, et qui se révèle une jeune actrice fascinante, extrêmement talentueuse, capable de passer d'un registre à l'autre presque instantanément. D'autres références cinématographiques émaillent le film : référence à Basic Instinct par exemple ( dans une scène "gore" filmée avec une esthétique de l'horreur assez peu commune! ) ou encore à American Beauty.
Car au-delà du thriller, Gone Girl est aussi une critique féroce de la société américaine, du mariage et de ses faux-semblants exigés par le puritanisme et l'angélisme made in USA. Et au-delà de la machination ourdie par... on ne vous dira pas qui, pour ne pas "spoiler" le scenario, Fincher met aussi en oeuvre une dénonciation au vitriol de la manipulation des esprits par les médias, qui, au gré de leurs humeurs, font et défont les coupables, et impriment leurs convictions et volontés à des spectateurs plus ou moins décérébrés, véritables moutons de Panurge.
On jubile... en espérant être plus intelligents qu'eux!
Car en définitive ne sommes-nous pas nous aussi les victimes - mais ô combien consentantes! - d'une magistrale manipulation cinématographique, orchestrée avec brio par un Fincher plus mature et plus efficace que jamais?

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