Les quatre cent coups

Avis sur Gosses de Tokyo

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Contrairement à Hollywood, où le muet a virtuellement disparu des écrans dès le début des années 30 (à l’exception d’un certain Charlie Chaplin), le cinéma japonais a continué à produire des films muets bien après les débuts du parlant. « Gosses de Tokyo » est un film muet de Yasujirô Ozu sorti en 1932.

Il met en scène une famille de classe moyenne venue s’installer en banlieue de Tokyo. Le père, manager dans une grande compagnie au centre-ville, se rapproche ainsi de son patron, qui réside dans le même voisinage. On s’intéressera davantage à ces deux enfants, deux garçons en début d’adolescence. Ceux-ci, en qualité de nouveaux arrivants dans le quartier, sont la cible du petit tyran local qui entend bien continuer à assoir son autorité sur ses jeunes camarades. Nouvelle école, nouveau voisinage, il n’est pas facile pour les garçons de s’adapter à ce nouvel environnement.

Le film traite de thématiques assez simples, se parant parfois des atours du film de "passage à l’âge adulte", explorant la relation entre le père et ses enfants et les rapports que ceux-ci entretiennent avec leurs camarades. Outre la dimension familiale, Ozu ébauche ici une peinture sociale, étudiant l’impact de la différence de classe – et plus précisément la hiérarchie – sur les rapports entre adultes et la façon dont ils influencent ceux des enfants. Le tout est traité sur un ton léger et un registre le plus souvent comique.

La force du film repose sur son universalité… cela peut paraître paradoxal pour un film japonais, muet, sorti en 1932 ! Et pourtant, le sujet abordé permet à Ozu de toucher un public large : les gosses de Tokyo des années 30 ont des préoccupations qui ne sont pas très éloignées de ceux de la banlieue parisienne des années 90… et sans doute encore proches de celles des enfants d’aujourd’hui ! En outre, le muet permet de s’affranchir de la barrière de la langue, créant un langage universel. L’humour, fonctionnant sur un comique de gestes et de situation, est très visuel – ce leitmotiv des enfants qui communiquent par gestes, le chef de bande intimant à ses laquais l’ordre de se coucher à terre pour montrer son autorité. La spécificité culturelle est bien présente : cette obsession de la hiérarchie inhérente à la société japonaise trouvera une résonance moindre ailleurs où la différence de classe sociale est, sinon inexistante, extérieurement moins importante. Cette universalité du langage dans le muet disparaît d’ailleurs clairement avec le parlant, en particulier dans le cinéma japonais, qui devient moins abordable.

Le film m’impressionne par sa retenue et sa capacité à raconter une historie tout en abordant des éléments sociétaux sans jamais se faire moralisateur ou lourd. Le tout est traité avec diligence et subtilité, à l’image de cette magnifique scène de réconciliation, face au soleil, en savourant des boulettes de riz, et saupoudré d’un humour qui rend le film léger et agréable. Il s’agit, et le titre français le capture bien, avant tout d’une histoire d’enfants.

Je ne sais pas si c’est Ozu, le fait que ce soit muet, que ça ne dure qu’une heure et demi, ou une combinaison d’un peu tout ça, mais pour moi qui n’aime d’habitude pas (du tout) le cinéma japonais, « Gosses de Tokyo » m’a fait l’effet d’une vraie bouffée d’air frais. J’en redemande.

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