Goupi Mains Rouges

Avis sur Goupi mains rouges

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Après s'être fait la main sur un Dernier Atout sympathique mais léger, Jacques Becker passe la seconde avec ce thriller claustro, rural et vachard. L'hexagone de 1943 n'est pas au mieux de sa forme et Goupi Mains Rouges le reflète violemment, les paysans - hauts représentants de la France de toujours - en prennent pour leur grade et l'ambiance lourde de l'époque (le gout du blé qu'on compte et non qu'on cultive, la délation, les regards fuyants etc.) plane au-dessus du film. Une vieille peau est assassinée mais tout le monde s'en fout, ne pensant qu'à la tune que papy a caché et à ne rien montrer au jeune dernier venu de Paris (donc bien placé). Bal de faux culs, Goupi Mains Rouges est autant un whodunit qu'un, si ce n'est plus, règlement de compte entre gens mal élevés. Rarement Becker n'aura été aussi cruel, lequel multiplie les détails cassants mais presque naturels : la main tendue lorsque quelqu'un ramène de l'oseille, l'ancien qui ne rêve que de picoler, les surnoms condescendants remplaçant les véritables prénoms, les rapports presque incestueux entre les uns et les autres, les originaux de la famille marginalisés... Je ne sais où l'avoir lu, mais quelqu'un faisait le parallèle entre le manteau de Fernand Ledoux et celui de Kurt Russell dans The Hateful Eight de Quentin Tarantino. Au-delà de ce détail vestimentaire, il est drôle de mettre face à face les deux films et d'y déceler des points communs amusants : le jeu de massacre, les secrets, le vieux silencieux ou encore la nature en hors-champ qui écrase plus qu'elle ne libère. Goupi Mains Rouges est loin d'être un film du patrimoine que l'on regarde de loin, son venin ne s'est pas dissipé avec les ans.

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