Le cas Clint Eastwood

Avis sur Gran Torino

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Au-delà de la question des dérives politiques relatives à l'esprit vigilante des films de Clint Eastwood — que je considère un peu comme suranalysées —, j'ai quand même un certain problème avec les films du vieux bonhomme : je les trouve profondément bêtes.
Pas méchants du coup, juste bêtes.

Le film est politiquement plutôt inoffensif. Je n'y vois ni racisme, ni apologie de la NRA. C'est un faux procès. En revanche, le regard général de Clint Eastwood (sa "vision", en quelque sorte) sur l'humanité est toujours pachydermique. Sur un topic d'Allociné forums, qui consistait à choisir qui on préférait entre deux cinéastes, je me suis souvent demandé pourquoi l'auteur du sujet avait choisi de rassembler pour un duel Clint Eastwood et Terrence Malick. A mesure que je progresse dans l'oeuvre des deux réalisateurs, je pense avoir trouvé la réponse : ce sont tous deux des imbéciles heureux. Qui ne questionnent jamais rien. Qui offrent au monde, de manière bien béate, des poncifs jamais remis en question.

A ce sujet, quand Clint Eastwood tente de répondre dans Gran Torino à des questions telles que "Qu'est-ce qu'un vrai homme américain ?" (réponse : un redneck viriliste qui apostrophe de manière injurieuse tout le monde et qui invite au ciné une nana dans sa belle bagnole, c'est dit texto par Eastwood lui-même à l'enfant qu'il prend sous son aile), "Qu'est-ce que le pacte de communication américain ?" (réponse : la scène d'entretien d'embauche, consternante de premier degré), c'est bel et bien l'image d'un vieux con auto-satisfait qui ne se pose jamais de question qui fait surface. Le cinéma d'Eastwood, c'est ça, une absence totale de prise de distance, le degré zéro de la réflexion sur soi-même, l'optimisme américain le plus caricatural possible.

C'est quand même fréquent que Clint Eastwood tombe dans ce vieux travers. Je pense à Sully, évidente leçon magistrale de rythme et de montage, mais malheureusement empreinte de béatitude ahurie et hagarde sur son "héros américain"; et au Cas Richard Jewell, histoire-récit lisse où les quelques ambiguïtés du héros n'apportent ni tension ni traitement problématique ou dialectique formel. Assez marginalement, je considère le mal-aimé American Sniper bien plus intéressant, puisqu'il se démarque de ces histoires-récits panégyriques pour faire le choix d'une histoire-problème sur un difficile cas de soi-disant aventure héroïque nationale.

Enfin bref, je ne suis pas vraiment sûr d'aimer le cinéma d'Eastwood, il y a toujours un truc qui ne passe pas avec lui, quand il s'agit de faire passer des émotions, toujours une sorte de surenchère ahurie (désolé pour la répétition, mais c'est ce qui, à mon sens, correspond le mieux), de naïveté trop fabriquée qui vire à la niaiserie.. Je ne compte plus les scènes ridicules de son oeuvre, censées être des vecteurs d'émotions mais qui me procurent surtout de l'embarras : les scènes citées de Gran Torino ci-dessus (mais il y en a d'autres ! La fin qui me fait penser à une pub pour voiture — ou encore le gros plan sur Eastwood en train de grogner face aux conseils foireux de ses enfants, c'est ça tout ce que nous propose le réalisateur sur la vieillesse???), tout le tintouin autour du père boiteux qui ne sait pas où est son fils dans l'avion de Sully; le fils, galvanisé par l'histoire de sa mère, qui retrouve, plein d'ardeur, sa femme et lui promet le bonheur absolu dans Sur la route de Madison... Mon allergie à cette dernière scène est sans doute assez symbolique : comment pourrais-je épouser une telle envolée optimiste quand tout le cinéma de cet homme me semble constamment à côté de la plaque ?

Mais bon, malgré ça, il parvient quand même à être efficace, le vieux. Mais quelle vision médiocre des choses !

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