Le Loup derrière la bergerie

Avis sur Graphic Sexual Horror

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Documentaire vu en avant première, dans une mythique mais non moins démoniaque salle, dont l'intérieur était peuplé de gens habillés fort étrangement. Un gourou luciférien fit son apparition en toge cérémoniale rouge sang à capuche pointue lui recouvrant le visage, suivit de près par une procession de quelques spectatrices tout aussi maléfiques, et avides de frisson qu'il ligota sévèrement dans une mise en scène savamment étudiée. C'est alors que JC, le gourou (JC n’est sûrement pas pour Jésus Christ, mais pour Je Commande…) procéda à un étrange rituel autour de cierges incandescents. Leur délire malsain ne tarda pas à prendre une tournure plus horrible encore, lorsque les Soumises ligotées regagnèrent leur siège dans l'assistance, et que d'un geste théâtral faisant voler sa robe le maître de cérémonie nous désigna l'écran où nous vîmes des pratiques impossibles à décrire sur ce site (je risque d’ailleurs ma vie à vous conter tout ceci car ils sont partout …). D'ailleurs dans cette salle aux nouvelles allures empruntées de chambre de rituel, nombre de cris d'acclamation s'élevèrent des adeptes (en effet ils étaient nombreux), nombreux sont ceux qui riaient et bavardaient avec désinvolture au milieu de cette détresse physique extrême qu'engendrent des techniques que n'aurait pas reniées Jack l'Éventreur. Histoire vraie...

Le documentaire nous relate l’histoire (ascension et décadence) du site spécialisé insex.com, fondé en 1997 par le professeur universitaire Brent Scott, et entièrement dévolu aux pratiques sexuelles extrêmes, entre fétichisme, bondage, sadisme, masochisme et ultra violence, poussés à leur point de rupture…

Dans cet univers vénéneux de tortures qui sont loin d’être simulées, l'investissement des modèles, sans négliger les raisons pécuniaires qui incitent grandement leur participation, soulève des questions qui ne manqueront pas de tarauder ceux qui s'essaieront à le visionner. Au-delà de l’acting, le miroir se brise pour laisser apparaître des éclats de réel… L'image qui en résulte ressemble beaucoup à la douleur induite par la force et la terreur, minant pleinement à tous les instants la valeur du consentement. D'ailleurs selon le Code criminel, il n’y a pas de consentement réel de la part d'une victime lorsque celle-ci consent à des voies de fait sous l’effet de la crainte ou par suite de l’utilisation de la force ou de menaces. Plus encore, le consentement peut-il être sans limite ? Je ne crois pas.
En l'absence de commentaires de quiconque en dehors de cette subculture fetish commercialisée, ce documentaire m'a paru trop étroit parce qu'il n'aborde pas les questions essentielles plus vastes de la légalité, la misogynie, les conséquences psychologiques d'un tel "entertainment" et personnellement je suis restée hantée à l'idée que ces femmes pussent avoir été victimes de sévices avant d'en arriver à se laisser torturer contre de l'argent, et à me demander si le cas échéant cela ne faisait pas d'elles des victimes tout compte fait.
La mise en scène d'ouverture prend néanmoins tout son sens: ce métrage est une sorte d'hymne à Satan, une consécration aux démons... D'un pas alerte, mais maîtrisé, je regagnai la sortie, murmurant des excuses au passage. Les derniers mots que j'entendis me secouèrent d'un frisson.

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