Vide sidéral

Avis sur Gravity

Avatar Nicolas_Potdefer
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Quel autre rêve de l'humanité est plus envié et extasié que la possibilité de se mouvoir dans l'espace sans contrainte, de contempler les couleurs iridescentes de notre bonne vieille planète. Sensation de vide, étreinte mutique et gigantesque du néant, satellites tourbillonnants, maelström astral, une erreur et une compromission russe (qui d’autre), et voilà nos deux personnages endimanchés de beaux costumes de spationautes, délibérément seuls dans la vacuité intersidérale. L’enjeu du film ? Redescendre sur le plancher des vaches par tous les moyens à disposition et affermir son sang-froid face à une gradation malchanceuse d’événements impromptus. Parce qu’être perdu dans l’espace sans moyen de retour semble encore une situation enviable,

sachez qu’un disque de débris stellaires menace d’anéantir vos espoirs de retour toutes les heures et demi

. Vous avez dit trop ? Et la manière alors ? Un huis-clos en oxymore au vu de l’immensité du terrain de jeu, une photographie splendide nous faisant croire que la terre est le plus bel endroit de la galaxie, de nombreuses péripéties permettant au rythme de ne jamais s’essouffler. Les défauts ? Un bavardage superfétatoire et des babillages mélodramatiques sur une tragédie passée. Donner du corps à des personnages est nécessaire dans un huis-clos et un duo de personnage, mais le faire de la sorte les rend simplement irritant. Clooney, sa désinvolture de cow-boy de l’espace et son inénarrable aspect séducteur apporte une légèreté qui ne sied pas à la tension de l’intrigue. Quant à Sandra Bullock, son histoire cinématographique devrait l’empêcher de prendre les transports au vu du nombre de catastrophes qui s’enchaînent, quelles qu’elles soient. D’autres petits défauts à la pelle, le deus ex machina de Clooney apparu en songe lançant des apophtegmes ayant le pouvoir de redonner le goût de la vie et au dépassement de soi ; la proximité kilométrique des satellites (une micro-balade en jet-pack suffit pour transiter de l’un à l’autre) ; quelques éléments scénaristiques chanceux pour ne pas dire tirer par les cheveux, un nuage de débris spatial loin d'être efficace et meurtrier, les héros le traversant sans peine comme s'ils évitaient les gouttes d’une averses normande.
En somme un film catastrophe de série B enluminé de quelques 100 millions de dollars de budget, actif, à suspense et sans ennui mais sans relief. Un beau lever de soleil astral n’a pas de prix, le reste si, celui de l’ennui. Comme quoi la médiatisation, la promotion à outrance et l’attente générée peuvent nuire à une œuvre, toute correcte soit-elle. Oui c’est impressionnant, mais avec une sensation de l’instant qui disparaît aussi rapidement qu’elle est venue, comme un débris dans l’espace.

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