Lâcher prise

Avis sur Gravity

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Dans son numéro 317 de juillet 2003, le magazine Première avait écrit "Une fois que vous aurez vu Kill Bill, vous n'aurez plus jamais besoin d'aller au cinéma". Enfin je vous le fais de mémoire mais c'était un truc du genre, après c'est vieux mais la phrase était d'une bêtise tellement gigantesque qu'elle m'est restée en mémoire.

Elle était complètement idiote parce que : si Kill Bill était si bon qu'on n'avait plus besoin d'aller au cinéma, on n'avait plus besoin non plus de lire Premiere. Et si Kill Bill n'était pas si bon que ça, on n'allait pas non plus continuer à lire un magazine qui balançait des imbécilités pareilles.

Le jour où j'ai lu cette phrase j'ai décidé que j'arrêterais d'acheter ce magazine. Le jour où j'ai enfin vu la première partie de Kill Bill j'ai décidé que je ne lirais même plus jamais ce magazine.

Parce que sincèrement, si j'avais suivi les conseils de ces ahuris je n'aurais jamais vu ce que je considère comme une des expériences cinématographiques les plus exceptionnelles que j'aie vécu en 33 ans.

Je n'étais pas né pour Star Wars, Jaws ou 2001. Ces oeuvres fondatrices, je les ai d'abord connues à la télévision. Je n'ai jamais vraiment eu le sentiment d'avoir vu au cinéma de films ayant réellement bouleversé les genres, Jurassic Park à la rigueur parce qu'il a réellement placé la barre ultra-haut en matière d'effets spéciaux.

Mais ça c'était avant Gravity.

Je savais déjà de Cuarón qu'il avait un talent monstre, Children of Men en était une preuve époustouflante, mais son dernier long-métrage place la barre encore plus haut. Si haut.

Ryan Stone, Matt Kowalski et le reste de leur expédition sont pépouze dans l'espace en train de bosser sur Hubble et installent un nouveau circuit d'imagerie provenant du monde médical. Enfin, surtout Stone, médecin de son état, parce que Kowalski est plus occupé à vadrouiller autour d'elle : il est le pilote de l'expédition, le vétéran de l'équipage et c'est son dernier vol. Houston les informe alors que des débris provenant de la rencontre entre un missile russe et un de leurs vieux satellites inutilisés (peut-être un satellite espion, hasarde Kowalski) se dirigent droit sur eux, la faute à une légère erreur de calcul de Moscou. La catastrophe est inévitable et Stone est projetée dans le vide sidéral.

Les vingt-cinq premières minutes du film sont éblouissantes. À couper le souffle. Incroyables de virtuosité et de maîtrise. On ne se contente pas de regarder l'espace : on y est, là, avec Stone et Kowalski. On ressent l'immensité de l'univers, et l'incroyable solitude du spationaute. On étouffe d'une effrayante claustrophobie alors, qu'ironiquement, on est au milieu du vide sidéral. On ne peut s'empêcher de penser à ces types, ces doux-dingues, qui passent des mois tous seuls au milieu de ces assemblages de boîte de conserve finalement si fragiles, et tellement éphémères. La caméra de Cuarón se déplace d'un personnage à l'autre, d'une perspective à l'autre, avec une fluidité époustouflante. L'ambiance sonore, impeccable, fait battre le coeur du spectateur à l'unisson de celui du Dr Stone. Chacun de ses mouvements, chacun de ses errements est l'occasion d'un frisson. À ce titre, Gravity est presque un film d'horreur : l'horreur de la solitude. Et lorsque de rares moments de répit s'offrent à Stone, ce n'est que pour découvrir une nouvelle difficulté qu'il va lui falloir affronter, et dépasser.

Gravity est un film sur l'espace. Gravity est un film sur l'humain. Gravity est un film sur la mort, et pas n'importe quelle mort, la mort solitaire. Gravity est un film sur le dépassement de soi.

Gravity est un putain de chef-d'oeuvre.

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Gravity est une œuvre produite par Warner Bros©, découvrez la Room 237 de SensCritique.

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