La 3D : illusion ou réalité ?

Avis sur Gravity

Avatar AlexLeFieutard
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Lors de son avènement en 2009 avec "Avatar", la 3D fut présentée comme une révolution technique. D’abord, il y avait eu le cinéma parlant, puis la couleur, et enfin la 3D. Quatre ans plus tard, le procédé se révèle être autant un moyen d’augmenter le prix du ticket de cinéma qu'un ajout inutile, voire destructeur pour un film. En effet, destiné essentiellement aux superproductions hollywoodiennes, la 3D est, de façon évidente, incompatible avec leur montage épileptique. Les spectateurs de plaignent souvent de maux de tête en sortant du cinéma, et certains finissent par éviter la 3D, voire à renoncer à un film qu’ils ont envie de voir, s’il est offert uniquement dans ce format. La 3D serait-elle injustifiée et inutile tant au niveau technique qu'au niveau du plaisir des spectateurs ?

Avec "Gravity", le vent semble être en train de tourner : Alfonso Cuaron ne réalise pas un film, mais une expérience visuelle. Il est très important de voir "Gravity" de cette façon. S'il est regardé à l’aune des règles inhérentes au cinéma, telles que le scénario, la morale, l’intérêt des personnages ou même le jeu des acteurs, il ne présente pas le moindre intérêt. "Gravity", justement, s’affranchit de ces règles et utilise au maximum les possibilités techniques modernes. Le film est une attraction visuelle sans haut, ni bas, ni droite, ni gauche. Il n'a pas de scénario, parce qu'il n'en a pas besoin. Lui en donner un serait le charger inutilement et perdre de vue son intérêt premier. Même l'histoire du Docteur Stone (Sandra Bullock), bien que très brièvement racontée, n'est pas vraiment nécessaire.

En outre, Alonso Cuaron est un grand réalisateur. Son œil se confond avec la caméra pour que le spectateur soit entraîné dans ses mouvements et se sente comme faisant partie intégrante de ses films. On citera pour exemple l’extraordinaire plan-séquence à la fin de "Children of men", où l’objectif, littéralement couvert de sang, suit Clive Owen dans sa fuite pour échapper à une guerre civile. Dans "Gravity", l’implication du spectateur est la même, au détail près que le chaos et les hurlements de la guerre font place au silence et à l’immensité spatiales, et que les mouvements brusques de caméra sont remplacés par des plans fixes. Et pour la première fois dans l’histoire du cinéma, la 3D, même si elle n’est pas indispensable, est justifiée. Les longs plans séquences et le montage de "Gravity" permettent aux images de grossir et d’offrir à l’œil une expérience nouvelle.

Une question survient alors : la 3D peut-elle devenir un réel atout pour un film et perdre sa nature de gadget inutile ? Possible. Mais probablement pour des films de la même nature que "Gravity" : des œuvres qui n’appartiennent pas au cinéma, mais davantage à un art contemplatif basé sur les réactions de l’œil face à l’image. Par exemple, "Microcosmos" pourrait prendre une nouvelle dimension avec la 3D. Alfonso Cuaron aurait-il ouvert la brèche ? Affaire à suivre…

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