I want "to fall another moment into your gravity"

Avis sur Gravity

Avatar Niko San
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Nous sommes le 2 mars, et dans quelques heures, l'Académie des Oscars rendra son verdict sur les plus grandes réussites de l'année 2013. Avec ses 10 nominations, "Gravity" devrait s'imposer, mais l'on se souvient de films archi pré-nommés repartis bredouilles (le fameux triptyque malheureux composé du "Tournant de la Vie", de "La Couleur Pourpre", et de "True Grit") et le challenger "American Bluff" n'a pas dit son dernier mot.

Il est pourtant toute une série de statuettes qui ne seraient pas volées pour cet incroyable thriller spatial, à commencer par celle du meilleur réalisateur pour Alfonso Cuaron. Responsable du plus stimulant Harry Potter de la saga, il s'est toujours affirmé comme un excellent directeur d'acteurs et un exemple de précision dans la composition de ses plans, aussi beaux que signifiants. "Gravity" ne déroge pas à la règle tant dans ses fabuleuses séquences dans le vide intersidéral, que dans ses huis-clos matriciels (au-delà du simple film catastrophe, c'est avant tout une allégorie sur la renaissance, mais n'en disons pas plus - l'auteur de ses lignes détestant autant les spoilers qu'un film de Shyamalan sans twist).

Les Oscars techniques seraient eux aussi pour la plupart mérités, tant le montage est efficace, les effets visuels impeccables dans leur ambition d'hyperréalisme (jamais un tel degré de facticité n'a paru aussi authentique... d'ailleurs, d'aucuns n'hésiteront pas à le qualifier de film d'animation, vu la prédominance d'images de synthèses) et la photographie sublime (on recommandera le visionnage des bonus du blu-ray pour bien comprendre le fonctionnement de la "Lightbox" qui a permis un éclairage cohérent). Quant à Sandra Bullock, elle arrive dans des conditions de tournage ultra dépouillées à porter un film intégralement sur ses épaules.

Alors, oui, "Gravity" n'est pas aussi barré que "2001", ni aussi mystique et poétique que "Solaris". Faute de caution biographique, il ne paraîtra pas aussi édifiant que "Apollo 13" (bien que le film soit traversé par un message salutaire : "Hommes, après avoir pollué votre planète, vous vous en prenez à l'espace - ne vous étonnez pas si un jour un débris d’astéroïde vous fracasse le hublot"). Il n'a pas la charge émotionnelle du trop sous-estimé "Mission to Mars" (avec lequel il partage une scène clé), et ne vous fera pas autant frémir qu'"Alien". De surcroît, c'est un film très court (trop court) dont l'économie d'effets ne lui permet pas non plus de rivaliser avec le souffle épique que "Sunshine".

Mais dans la série des oeuvres mettant en scène des astronautes, il marquera sûrement un tournant encore plus décisif que tous les films sus-cités. Parce que c'est une expérience à vivre, avant d'être une histoire à suivre. Parce que l'on n'a jamais été à ce point privé de nos repères, donc à la merci des images. Et parce que Cuaron a réussi, au mépris des codes narratifs hollywoodiens traditionnels, à attirer près d'une centaine de millions de spectateurs dans les salles avec un film ultra minimaliste. Chapeau (ou plutôt casque) bas !

PS : On recommandera pour poursuivre l'aventure le visionnage du court-métrage "Aningaak".

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