Punk is not dead (mais il en prend plein la gueule)

Avis sur Green Room

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Avis issue de CinematoGrill : http://cinematogrill.e-monsite.com/articles/green-room.html#rzcK7fA1fUrSfV0J.99

Quand on a vu Blue Ruin, le précédant et premier long-métrage de son jeune réalisateur Jeremie Saulnier, on pressentait dans sa vision sans concessions de l’Amérique profonde, du monsieur tout le monde happé par l’étincelle de démence qui sommeille en lui, dans sa narration d’une cohérence sans failles associée à un sens du détail à se damner, qu’il promettait beaucoup s’il franchissait la ligne fine le séparant de l’horreur. C’est dorénavant chose faite avec Green Room, donnant corps à nos attentes les plus exacerbées. La baffe de la semaine ne viendra pas de Marvel mais du fond de l’Oregon, et elle va te mettre à terre.

Dans la grande famille des films que tu ne montres pas à ta petite-cousine, Green Room est un film d'assaut, c'est le genre où tu as des gens normaux cloîtrés chez eux luttant contre une menace extérieure. Sauf que là les gens c'est des punks à chiens sans chiens mais avec des guitares et les méchants c'est tout un gang de néonazi dirigé par professeur Xavier (Patrick Stewart, surprenant en monstre froid). Le lieu ? Une green room, autrement dit une loge en backstage. Ca y est, tu sais ce que veut dire le titre.

Mais plus que ça, c’est surtout des adulescents pleins d’espoir, de projets, de rêves, qui se heurtent par un concours de circonstances malheureux, équivalent métaphorique d’une balle perdue version tir de mortier, à la mort et à la peur venue de la violence quasiment absurde d’un groupe de néonazi. Comprenons bien, comme souvent dans ce genre de film, la demi-heure d’exposition nous montre nos héros mais pour une fois elle ne sent pas le remplissage. Construction classique mais rythme rapide s'enervant vite. Nos futurs traqués existent loin des clichés, réaliste comme un groupe de pote musicien qui veut voir grand avant d’être rattrapé par l’âge adulte. Ce qui leur arrive a bien plus à faire avec la théorie des catastrophes, mauvais endroit, très mauvais moment, qu’avec une quelconque volonté du scénariste (Jérémie Saulnier, un bon je vous dis) de faire avancer l’intrigue. C’est fluide, on y croit. On est dégouté pour eux, ils ne méritent pas de se trouver là et on est donc d’autant plus attaché à espérer les voir survivre.

Leurs ennemis par contre, masse uniforme sont d’autant plus effrayants car a contrario ils sont anonymes. Comme Ridley Scott dans la chute du faucon noir par exemple, ne pas caractériser les antagonistes leur donne une impression de multitude implacable ne faisant qu’augmenter notre inquiétude pour le destin à court terme de nos héros. Un plan sur une série de bottes ou une main retenant un chien de combat réussit à nous glacer les tripes, bien plus surement qu’un monstre quelconque filmé frontalement. En matière d’angoisse, on est devant une véritable leçon de cinéma.

À cela on ajoute la partition de Patrick Stewart, un rôle aux antipodes des incontournables de sa carrière mais pertinent en ce qu’il garde un côté « gentil ». Un personnage intelligent, animal féroce car rusé, suggérant tout le bien que le réal pense de ces extrémiste de droite ; techniquement socialiste comme le signale une excellente réplique. Des paumés fascinés par un chef charismatique, évitant de penser par eux-mêmes. Un véritable message politique véhiculé par l’image seule.

Green room c'est donc le deuxième film (seulement !) de son réal Jérémy Saulnier, un indépendant américain a suivre, mais c'est surtout le cadeau de Noël en avance du fan de bons films d'horreurs qui saura apprécier ce récit maitrisé et haletant de bout en bout, véritable morceau de choix pour cinéphiles. On conseille. Fort.

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