No Future

Avis sur Green Room

Avatar Martin ROMERIO
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Blue Ruins était une gentille réussite qui m'avait surtout marqué par son choix audacieux de prendre pour personnage principal d'un Vigilante movie un sans abris.

John Carpenter avait fait un choix similaire pour l'un de ses meilleurs films (en tout les cas mon préféré) : They Live. Le film devenait ainsi à la fois un film de genre, mais ancré dans une réalité sociale qui permet à la fois de déployer une énergie folle (lorsque les codes du genre sont exploités à leur maximum) et une intrication au réel social le plus violent (la misère : quels moyens pour un héros issu du déclassement?).

Ici aussi on pense beaucoup à Carpenter, cette fois davantage à celui d'Assault on Percint 13th qui aurait bossé avec Rob Zombie.

Hippies Chics

Dans l'histoire de la musique, le psychédélisme des années 60 a commencé à muter dans les années 1970 pour nourrir à la fois le métal / hardrock et le rock prog et les mouvements Flower Power (c'était la première scission entre hippies et bikers). Les années 80 et la récession ont enfanté de la base psyché les courants punks et New Wave. Sons of Arnachy.

Dans The Green Room, nous suivons de jeunes punks anarchistes dont la légèreté et l'idéal Rousseauiste vont se casser littéralement les dents contre le métal néonazi.

La plus grande réussite du film réside dans son démarrage, la présentation progressive et en même temps hyper efficace de ces jeunes punks qui vivent avec foi mais sans loi. Une fois païenne en la musique (Prince, the Misfits, Fugazi...) et en l'humanité (ils font par défaut confiance aux autres et rien ne viendra briser leurs liens d'amitié, alors que dans le camp adverse, tout le monde se craint, se trahi et ne se respecte que dans la mesure où autrui a un pouvoir de destruction sur soit).

Cette foi en l'humanité, ils iront jusqu'à la porter sur la scène d'un concert pour néo nazis où ils chanteront contre les nazis punks, contre la haine, contre l'ordre établi et pour l'indépendance de la pensée en pointant du doigt que suivre une idéologie fasciste c'est se transformer en esclave.

Après ça, voir leurs corps suppliciés et une vraie tristesse pour le spectateur qui suit le survival non pas que comme un stress ou un jeu mais aussi comme le deuil d'une idéologie pacifiste contre le rêve martial qui sera toujours le plus fort.

Quand les fleurs fanent

L'un des protagoniste le dit dès le début du film, l'énergie ne dure qu'un temps. L'entropie du monde tend à refroidir la musique, le mouvement, l'individu. Et s'il y a une possibilité de transformation de cette énergie, c'est bien par le renouvellement, c'est à dire par la renaissance et l'évolution des idées, des émotions et de la musique.

La mort de chaque personnage est certes gore : comme un principe de réalité horrible qui va frapper les idéaux portés par les jeunes héros, les coup qui déforment leurs corps ne sont pas des CGI désincarnées, on est face à de l'effet spécial à base de maquillage qui tâche et qui prend aux tripes.

Certes gore donc, mais aussi délicate (et ça c’est balaise) on comprend l'atrocité, on la ressent, mais immédiatement le visage du personnage passe dans une zone noire de l'image, permettant, dans le même geste, de renforcer l'horreur de la mise à mort et de conditionner élégamment le deuil du spectateur sans lui infliger le spectacle de la dépouille.

En cela il y a quelque chose du premier grand film de Carpenter : un huis clos dont les morts (des 2 côtés) disparaissent comme des fantômes.

Combat 18

Les jeunes punks ainsi que les jeunes fascistes portent tous une apparence ui peut sembler agressive. Les punks portent en eux et sur eux les revendications anarchistes, ACAB, globalement un refus de la société de devoirs qui leur est proposé. Les Nazis punks, eux, trahissent le No Future en proposant un futur qui au contraire est basé sur une hiérarchie forte, une organisation de la lutte par des biais (et des armes) militaires et la créations d'ennemis de sang.

Face à la violence incarnée, les revendications des punks libertaires sont comme de petit poèmes faciles à lacérer. Leur première réaction est logiquement de se défaire de leur posture pour faire appel à la police et demander de l'aide à la structure sociale du pays.

Peine perdue, ils devront se battre puis mourir, tout en essayant à chaque fois que c'est possible d'épargner l'autre, leur logique étant tout le temps celle de l'évitement et de la fuite, même lorsqu'ils montent au front.

Leurs assauts (merveilleusement pensés) sont d'ailleurs systématiquement repoussés, et ils retournent toujours moins nombreux dans la Green Room qui leur sert de prison et de zone de couverture.

A la fin, le chien se couche.

Le film a beaucoup pour lui, et pourtant il semble manquer quelque chose. Manquer quelque chose à sa conclusion qui, comme Blue Ruins, est à la fois déceptive dans sa forme et limite niaise dans son fond. Manquer quelque chose dans son montage qui alterne entre le brillant et le (parfois) illisible. Comme si un connard de fasciste avait réussi à péter quelques morceaux de la belle ouvrage à coups de hachette sur la table de montage.

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